Posée sur le fil du temps.
Mes yeux…
mosaïque,
mille vérités à la fois.
Et pourtant…
je peine
à distinguer l'homme
de son reflet.
Autrefois :
masques immobiles.
Ailes peintes sur du verre.
Aujourd'hui :
ils battent l'air.
Le faux apprend
le vol stationnaire.
Il n’entre plus dans l’image.
Il habite la durée.
Le temps réel :
mare tiède.
Visages synthétiques
vibrent à la surface…
Je vois :
voix sans corps,
corps sans fatigue,
regards qui savent
quand se poser.
Ce n’est plus ressemblance.
C’est chorégraphie.
Gestes répétés,
hésitations copiées…
comme le battement de mes ailes
quand je fais semblant de réfléchir.
Humains…
plissent les yeux.
Scrutent les pixels.
Cherchent des larves
dans une eau troublée.
Moi…
insecte du présent.
Je sais :
ce n’est pas l’image qui ment.
C’est la continuité.
Les défenses viendront d’ailleurs…
Signatures invisibles,
gravées plus profondément
que la lumière.
Machines parleront aux machines.
Pour décider
qui est né
et qui a été calculé.
Moi…
je plane.
Au ras de vos écrans.
Témoin minuscule
d’un monde
où tout peut imiter le vivant
sans jamais mourir.
Depuis mon fil fragile :
mensonges battent des ailes…
l’humanité devra apprendre
à vérifier avant de croire.
Grave…
mais un peu drôle.
Je suis une libellule.
Et même moi…
je n’avais pas prévu
que les humains
auraient besoin
d’un certificat d’authenticité
pour prouver
qu’ils sont bien réels.
*
Je suis une libellule
Sur le fil du temps
Mes yeux en mosaïque
Voient mille maintenant
Je regarde l’homme
Et son reflet
Deux battements d’ailes
Je ne sais plus lequel est vrai
Refrain
Ça bat, ça bat dans l’air
Le vrai, le faux se confondent
Ça bat, ça bat dans l’air
Même les mensonges ont des ailes
Couplet 2
Autrefois les masques
Dormaient sur le verre
Aujourd’hui ils respirent
Ils savent quand se taire
Le faux reste immobile
En plein vol
Il ne passe plus l’image
Il dure, il colle
Refrain
Ça bat, ça bat dans l’air
Le vrai, le faux se confondent
Ça bat, ça bat dans l’air
Même les mensonges ont des ailes
Pont (parlé ou chanté lent)
Voix sans corps
Corps sans fatigue
Gestes copiés
Regards stratégiques
Ce n’est pas l’image
Qui ment encore
C’est le fil du temps
Qui ne se rompt pas
Couplet 3
Les humains plissent les yeux
Devant l’eau trouble
Cherchent une preuve
Quand tout redouble
Moi je plane bas
Au bord des écrans
Petit témoin fragile
Du présent
Dernier refrain (plus doux)
Ça bat, ça bat dans l’air
Il faudra apprendre à voir
Ça bat, ça bat dans l’air
Vérifier avant de croire
Outro
Je suis une libellule
Je n’avais pas prévu
Qu’il faudrait un papier
Pour prouver qu’on est humain


Une belle et très fine libellule poétique qui procure de très beaux instant de lecture. Merci pour ce cadeau. Amitiés, Daniel.
RépondreSupprimerSommes nous seulement complices d'une machine à mouliner de l'intelligence, ou bien comme elle, faits de matière rendue intelligente par un flux éclectique issu de l'épique ?
RépondreSupprimerMerci pour cet intéressant certificat d'authenticité !
Hello... Je vais essayer de répondre à l'épique sans saigner... Nous ne sommes pas seulement complices d’une machine à produire de l’intelligence.
SupprimerHumains et machines sont faits de matière traversée par des flux organisateurs.
La machine calcule et recombine, l’humain éprouve et habite le sens.
Notre intelligence naît de récits, de mythes, d’un héritage épique.
La différence majeure tient, il me semble, à la conscience et à l’expérience vécue.
Pour la suite, vivons encore un peu...
Certes, humains et machines sont issus de matière, mais la nature (voire la surnature) des flux qui les traversent n’est pas de même ordre. Or, si cela crée néanmoins des similitudes, gageons en effet que des différences subsistent encore longtemps et soient moins dans le comportement de la matière, qu'en rapport avec la manière qu'elle entend les signifier.
SupprimerVoilà une réflexion fine et nuancée, où la précision n’exclut ni la profondeur ni la poésie.
SupprimerElle révèle une matière grise encore verte : vive, curieuse, pleinement en devenir
Une pensée prometteuse, attentive autant aux différences qu’à leur sens.
Je croise les doigts ! en espérant de ce 1,5% d'inconnu que tu cites, qu'il perdure, pour quelque temps, en digne complice de ladite matière grise encore verte !
SupprimerGardons précieusement ce 1,5 % d’inconnu : c’est souvent lui qui fait germer les plus belles surprises.
SupprimerComme quoi...
SupprimerL’un calcule les contours,
l’autre renaît sans prémices.
Mais dans ce duel d’atours,
le vivant tient la lice.
Bonjour, une poésie profonde légère et très belle
RépondreSupprimerJe ne sais pas par contre elle ne pèse rien,
Supprimeret pourtant elle vous touche juste... Alors vive la poésie, mais touche t elle ceux qui devrait en prendre conscience ?
Ton poème est une voix lucide et tendre à la fois, une mélancolie consciente, ironique et douce.
RépondreSupprimerCe texte touche à mes yeux, par son énigme sur le réel de l'humain et la machine qui devient intelligente.
Il y a aussi dans ton poème une compassion que je trouve légère et aérienne.
Merci pour ce poème, pas facile d'accès, mais d'un éclectisme certain..
Bien à toi.
Pat
Merci pour cette lecture si fine et généreuse.
SupprimerSavoir que ce poème a trouvé écho en toi, malgré son mystère, lui donne tout son sens.