On parle souvent de ces récits recréés, De ces figures oubliées que la famille a façonnées,
À partir de rien, de traces et de poussières,
Avec les biais d’hier et les visions d’aujourd’hui.
Je découvre un message sur ma page Facebook :
Un royaume peuplé de fake news et de mythe(o)s
À la mémoire de l’Abbé Pierre,
Idole à la fois avant-gardiste du refuge laïc,
Et expert d’Adam, d’Eve et de saints dénudés.
Un prêtre-oui aux intentions troubles ?
La papauté organise un gang bang
Après l’intronisation de Sir Emmanuel.
Sont conviés tous les clandestins de LFI,
Les petits rats de l’opération RN,
Les parrains de la nouvelle économie souterraine,
Et le CAC 40, appendice boursier du sans-culottes.
Nota bene : Drogue, alcool, sang et sexe, no limit.
Sans doute un message subliminal d’un Sabaudien,
Le cerveau d’un nouveau Hunger Games,
Le sous-main d’un pays devenu impudique.
Après cette petite chasse aux sorcières,
Je clique sur la storie suivante.
Sous la jupe de Notre-Dame se cachait un poète :
« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. » *
Quelle douceur de lire de la poésie,
Devant cet écran de fumée,
D'y voir une paire de fesses
Et de savourer une bière Perlembourg de chez Lidl,
Qualité premium, goût riche et équilibré,
Pour 99 centimes d’euros, sans se ruiner l’esprit.
Entre autofiction et autosatisfaction,
Ma Pils reste fraîche.
Je prends une deuxième gorgée.
L’inspiration n’est pas encore noyée,
Quand il s’agit de photos sépia, figées,
On espère toucher à la vérité cachée,
La forme véritable de ces âmes immortelles,
Dont le corps, préservé, semble défier le ciel.
L’icône se dresse devant mes yeux,
Un homme aux traits sculptés, majestueux et ancien.
Certes, il n’est fait que de bois d’arbre des Alpes.
Peu m’importe, loin des récits modernes qui souvent s’égarent,
À idolâtrer les anciens d’une teinte qui ne leur échappe.
Non, ici, pas d’image forcée ni de héros musclé,
C’est un beau visage que l’histoire a laissé,
Un homme de la terre, une bonhomie,
Sous la neige et les étoiles, au point cardinal,
C’est Pierrot, mon grand-père**.
Ces figures de lumière perdurent dans nos esprits parce qu'elles incarnent des valeurs, des idéaux et des récits qui résonnent profondément en nous. Elles nous inspirent, nous guident et nous rappellent notre humanité. À travers les âges, elles ont su traverser le temps, s'adaptant aux contextes tout en conservant leur essence. Leur présence continue d'éclairer notre chemin, nous incitant à réfléchir sur notre propre existence et notre place dans le monde. C'est cette connexion intemporelle qui les rend si puissantes et mémorables.
* Joachim Du Bellay 1522-1560
** Pierre-Jean CLERC 1916-2011
Version 2026
On parle souvent de ces récits recréés,
de ces figures oubliées que la famille façonne
avec trois poussières, une photo, quelques silences,
les biais d’hier et les yeux d’aujourd’hui.
Je découvre un message sur ma page Facebook :
un royaume où les faits portent parfois
des masques de carnaval,
où les mythes changent de costume
au gré des algorithmes.
À la mémoire de l’Abbé Pierre,
on convoque les saints, les scandales,
les soutanes, les corps et les enfers.
La papauté, paraît-il, prépare la fête
après l’intronisation de Sir Emmanuel.
Dans la salle, les clandestins de LFI,
les petits rats de l’opération RN,
quelques parrains de l’économie souterraine
et le CAC 40,
venu jouer les sans-culottes en costume.
Drogue, alcool, sang, sexe :
tout est permis sous les projecteurs.
Un message peut-être venu d’un Sabaudien,
d’un cerveau nourri de Hunger Games,
ou simplement d’un pays
qui ne sait plus très bien
où finit l’histoire et où commence le spectacle.
Je clique sur la story suivante.
Sous la jupe de Notre-Dame,
un poète attendait.
« Heureux qui, comme Ulysse,
a fait un beau voyage. »
Alors quelque chose se tait.
Quelle douceur, soudain,
de rencontrer des vers
au milieu de cet écran de fumée,
d’apercevoir une paire de fesses,
et de boire lentement
une Perlembourg de chez Lidl,
quatre-vingt-dix-neuf centimes
pour un peu de mousse
et beaucoup de silence.
Ma Pils reste fraîche.
Entre autofiction
et autosatisfaction,
je prends une deuxième gorgée.
L’inspiration, elle, flotte encore.
Je tombe alors sur des photos sépia,
des visages arrêtés dans leur hiver,
des yeux qui ne savent pas encore
qu’ils deviendront des souvenirs.
On voudrait toucher, derrière le papier,
la vérité cachée,
la forme intacte d'une âme
que le temps aurait épargnée.
Une silhouette apparaît.
Un homme aux traits sculptés,
majestueux sans le savoir,
ancien comme les forêts
qui l’ont peut-être vu naître.
Certes, il n’est fait
que du bois des Alpes.
Mais qu’importe.
Ici, nul filtre,
nul héros repeint par les siècles,
nul visage agrandi
pour entrer dans nos légendes.
Seulement un homme.
La terre dans les épaules,
la neige autour du silence,
une bonté tranquille
posée sur la bouche.
Et soudain
tous les récits s’effacent.
Je ne cherche plus
ce que l’histoire aurait voulu faire de lui.
Je regarde.
Sous les étoiles,
au bout du vieux monde,
il reste là,
avec son visage de bois
et son sourire d’homme.
C’est Pierrot.
Mon grand-père.