Mais les yeux, eux, restent debout.
Fixes dans les encadrements,
comme si regarder suffisait à tenir.
Dans la pièce,
le couloir,
la loge —
les murs apprennent vite à ne pas répondre.
Ils ont la patience des choses qui savent.
On t’enseigne sans voix :
ne coupe pas le fil,
ne fais pas de bruit dans la phrase des autres,
ne traverse pas les noms.
Les portes se referment comme des paupières fatiguées.
Sans drame.
C’est ce qui rend tout irréversible.
« Malentendu. »
Le mot glisse, bien lavé,
dans la poche des certitudes.
« Impression. »
Comme si voir était une erreur.
« C’est compliqué. »
Et derrière,
plus rien à toucher.
Les loges gardent ce qui tombe :
les gestes en trop,
les regards mal alignés,
les phrases qu’on mâche jusqu’à disparition.
On appelle ça « milieu ».
Un mot qui rince sans nettoyer.
Tu dis non —
ça devient angle mort.
Tu dis : « J’ai vu » —
ça devient bruit.
Et plus tu ajustes la phrase,
plus elle s’éloigne de toi.
Parce qu’ici,
le silence a des contacts,
des réseaux,
des habitudes.
Il connaît les horaires,
les alliances,
les portes à ne pas nommer.
On ne fait pas de vagues.
On fait carrière.
Jusqu’au jour où une voix traverse mal.
Pas au bon timbre.
Pas au bon endroit.
Alors tout le monde tombe des nues.
Mais les nues, ici,
sont des habitudes anciennes.
Des complicités bien suspendues.


