Un chat bleu traverse l’air,
suspendu à sa propre énigme,
comme s’il apprenait enfin
à voir le monde à l’endroit.
Amalgamé à un trou noir,
le messager du Diable
m’envoie un message bref :
« Tu peux te disperser dans tes vers.
Tes anges savent déjà commander.
Tu finiras dans la même fusion que moi. »
Je lui réponds sans trembler :
ma poésie n’est pas un confessionnal.
Tu peux ouvrir toutes les boîtes de Pandore,
je n’en suis pas issu.
Ni la faute ni la grâce
ne circulent dans mon sang.
Je ne suis ni bien ni mal :
je traverse.
Plus loin que toute flagellation divine,
ou que ses ombres résiduelles,
une altière beauté déplace mes pensées.
Sous mon orage intérieur,
elle ouvre un passage lent
dans la pénombre de l’esprit,
là où le sens se défait
sans se perdre.
Dans ce puits discret des perceptions,
les vagues viennent heurter
le vase clos de la raison
— comme un soupir contre une porte fermée.
L’origine, elle, continue d’émettre.
La filière nucléaire plie sous son propre poids,
les os se dispersent dans la brise.
La voie lactée respire autrement,
et quelque part, un quasar mécanique
chante un Ave Maria sans destinataire.
Mon corps s’accorde au temps nécessaire.
Les mains dans ses cheveux,
la bouche contre sa nuque,
je traverse les trompe-l’œil de la nef.
Tout s’envole au quarante-cinquième parallèle,
dans la brume douce d’un ange qui sourit
à l’angle mort de chaque battement.
Au large de nos bras ouverts,
en pleine lumière,
l’amour de la langue —
vivante, déjà morte —
et celui de la chair, fragile, tenace,
reste une croisière lente
dans des océans sans fond,
sous une lune qui ne conclut rien.
*
Ce poème raconte la tentative de vivre au-delà de la culpabilité, du salut et des explications définitives, en acceptant la précarité du langage, la beauté du monde, la réalité du corps et le mystère d'un univers qui continue d'émettre sans jamais fournir de conclusion.
Au fond, je dirais que le poème défend une attitude existentielle : vivre pleinement sans posséder de vérité ultime. Aimer, écrire, percevoir, désirer, penser, tout en acceptant que l'univers ne fournisse peut-être jamais la réponse finale à la question « pourquoi sommes-nous là ? ». C'est cette absence de conclusion que le poème transforme en beauté plutôt qu'en désespoir.


