Qui suis-je ?
- James perroux
- La poésie est une suspension du temps, une clarté fugitive posée sur le monde. Un puits sans fond où puiser, sans mesure, la palette entière des émotions humaines. J’essaie, sans reprendre la recette des éloges, d’écrire de la poésie — ou du moins de m’en approcher, de frôler ce qui, pour moi, en porte le nom. Je me love dans cette matière à la fois sibylline et mouvante. Sibylline, parce qu’elle me parle dans une langue étrange, souvent indéchiffrable. Mouvante, parce qu’elle m’échappe, indomptable, refusant toute maîtrise. À la hauteur de mes moyens, j’essaie simplement d’être celui que je choisis d’être : le témoin de ce qui m’habite et de ce qui m’entoure. Je ne suis rien de plus qu’un être en besoin d’expression, offrant ce que la vie consent à me laisser croire, ressentir et partager.
Vous trouverez sur ce blog toutes mes humeurs poétiques, de la poésie plus ou moins libre selon l'état d'esprit du moment...
« Une poésie n’est-elle pas le seul endroit au monde où deux âmes étrangères peuvent se croiser intimement. »
Si vous souhaitez lire l’essentiel, cliquez sur l’onglet « tous mes recueils en libre accès sous format PDF »
Les écrits et les illustrations numériques sont de ma plume. Certaines de mes illustrations utilisent des photos lors de mes montages graphiques dont j’ignore les auteurs ; je reste dans ce cas ouvert pour les indiquer. Il peut arriver aussi qu'un vers se glisse et qu'il ne m'appartienne pas, par pur hasard ou pas, je l'indique lorsque je pense qu'il en est nécessaire. En bas du blog, il y a les liens concernant ceux que j'aime suivre... Attention je ne tiens pas à jour tous les liens... Et souvenez vous que la poésie est une suspension qui éclaire le monde !
Copyright numéro 00048772-1
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Tous mes poèmes
jeudi
(Nadine et Bruno) Boipeba.
mardi
On n’apaise pas la nuit
jeudi
Souffle qui respire
plis du drap, matin suspendu.
Quelque chose glisse
dans la pliure du cœur,
silence qui respire.
Les mots tremblent,
tombent —
poussière de feuilles mortes sur la pierre froide.
Parfums collés aux regards,
visages aimés suspendus
dans le souffle gelé que je traverse.
L’incertitude roule sous mes pas,
routes sans balises,
horizons effacés.
Départ incandescent :
un train s’élance,
la lumière le dévore,
la terre fond derrière lui.
Chaque seconde goûte
sa première fois,
murs d’arbres serrés
comme des mains qui protègent
du mistral et du sirocco,
tous ces frissons qui me traversent.
Mille gestes invisibles
me pardonnent
d’être machine à poèmes :
inspirer comme pour respirer la vie.
Berceau en cicatrices.
Matin suspendu.
Quelque chose glisse
dans le cœur.
Silence.
Mots tombés —
feuilles mortes
sur pierre froide.
Visages.
Un souffle gelé.
Routes sans signes.
Un train —
lumière.
La terre disparaît.
Une seconde.
Des arbres serrés
comme des mains.
Le vent passe.
J’inspire.
Encore.
mercredi
Quelque chose veille
mardi
La neige tient encore
jeudi
Le silence à des dents
parce que le silence a des dents,
entre tes pensées.
Le canapé t’engloutit jusqu’aux genoux,
l’horloge mastique les secondes
comme un chien affamé sous la table,
ses dents claquant dans le vide.
L’écran s’allume :
un œil de néon crache des visages flottants,
ombres qui se débattent
dans des vies volées.
Les images tombent,
pluie d’aluminium froissé,
scintillante, crépitante,
tranchant tes yeux et ta peau,
empoisonnant tes oreilles,
et la pensée tente de pousser
comme herbe verte
entre les dalles sèches d’un monde cassé.
La lampe penche la tête,
comme un vieux sage épuisé
qui voit tout et ne dit rien.
Tu regardes la télé —
parce que l’ennui est un serpent invisible,
serpentant dans la pièce,
reniflant, froissant tes idées,
sifflant entre tes côtes.
La télé n’est qu’une boîte lumineuse
où l’on jette des poignées de lumière
Mais parfois,
entre deux publicités,
un silence tombe de l’écran
comme une pluie noire.
Pendant une seconde,
le monde entier devient
une question oubliée,
une brûlure douce derrière les paupières,
un souffle où la pensée
pousse enfin, sauvage,
comme un feu vert à travers la poussière.
lundi
Cliché d'hiver (Chanson)
L’heure est d’atteindre le jour
À l’interstice azur
L’air me chante une chanson d’amour
De cette lumière
Enveloppée d’une grâce mystérieuse
Naissent des images majestueuses
Dont les filigranes s’envolent
Jusqu’au bain migrateur
Où des yeux d’outre-mer
S’immergent à la marine
Lucide et vertigineuse
Emmène-moi là où le ciel s’ouvre,
Là où nos silences deviennent des mots,
Je ferai de la nuit une chambre douce,
Où ton amour réchauffe ma peau.
Et si le vent emporte nos heures,
Qu’il garde au moins cette lueur :
Ta voix qui revient dans l’azur
Comme une chanson d’amour.
À l’orée du syndrome
Fragilité aérienne
L’amour est bien cet aéronef
Où les nuages
Boivent le suc laiteux des anges
Hument leurs encensés parfums
Et passent au-dessus du monde
Comme des rêves sans fin
Emmène-moi là où le ciel s’ouvre,
Là où nos silences deviennent des mots,
Je ferai de la nuit une chambre douce,
Où ton amour réchauffe ma peau.
Et si le vent emporte nos heures,
Qu’il garde au moins cette lueur :
Ta voix qui revient dans l’azur
Comme une chanson d’amour.
Si hier
Au crépuscule du foyer condamné
De la chambre noire
La libellule changeait de cadre
Se détestait
Parlait toute seule
Je veux qu’on me laisse
Avec mes grains scarifiés
Qui protègent mes ailes
Du cyclone humain
Aujourd’hui
À fleur d’espérance
Au sein de son anticyclone
Le cliché d’hiver la réconforte
Sous son ciel de lit en bois de rose
Emmène-moi là où le ciel s’ouvre,
Là où nos silences deviennent des mots,
Je ferai de la nuit une chambre douce,
Où ton amour réchauffe ma peau.
Et quand quelqu’un frappera à la porte,
Que la mémoire nous emporte,
Car la diapositive dans nos cœurs
Reste reine du monde disparu
À quelques centimètres du vide... « Suspendre le temps »
Le matin est un poisson violet
Qui nage dans les coins de sa chambre.
Le chat à trois yeux a oublié son nom
Et ses chaussures ont disparu sous le plafond.
Sa peau flotte dans un verre d’eau
Où nagent des horloges molles
Qui comptent les battements d’une étoile cassée.
Le vent souffle des lettres mortes
Dans les interstices de ses doigts.
Les lampadaires ont des visages
Et sourient quand le bitume éternue.
Le soleil pèse des oranges rouges
Dans sa poitrine
Et le ciel a des cordes
Pour tirer les souvenirs
Hors de ses cheveux.
Elle marche sur des rivières figées
Qui rêvent de marcher à sa place.
Ses gestes deviennent des constellations
Et chaque étoile est un souffle
Qui la retient ou la repousse.
Rien ne fuit.
Rien ne reste.
Tout tremble
Dans un battement trop grand pour sa cage thoracique.
Changer ?
Changer est une tache d’encre
Qui se dilue dans le vert des murs
Et se moque de ses pieds nus.
Elle suspend le temps
À quelques centimètres du vide
Où les pierres rient et les nuages hurlent
Que tout est déjà arrivé
Avant d’être imaginé.
Et peut-être que tenir
N’est pas respirer
Mais se fondre
Dans le fracas
Et la lumière
Et l’absence.
*
Version 2
Mais le trottoir parle encore.
Rien n’a changé.
Alors elle se tait.
Le matin est un poisson violet
qui nage dans les coins de sa chambre.
Le chat à trois yeux a oublié son nom,
et ses chaussures se sont glissées sous le plafond.
Sa peau flotte dans un verre d’eau
où nagent des horloges molles
qui comptent les battements d’une étoile cassée.
Le vent souffle des lettres mortes
entre ses doigts.
Les lampadaires ont des visages
et sourient quand le bitume éternue.
Le soleil pèse des oranges rouges
dans sa poitrine.
Le ciel a des cordes
pour tirer les souvenirs
hors de ses cheveux.
Elle marche sur des rivières figées
qui rêvent de marcher à sa place.
Ses gestes deviennent des constellations,
chaque étoile un souffle
qui la retient ou la repousse.
Rien ne fuit.
Rien ne reste.
Tout tremble
dans un battement trop grand pour sa cage thoracique.
Changer ?
Changer est une tache d’encre
qui se dilue dans le vert des murs
et se moque de ses pieds nus.
Elle suspend le temps
à quelques centimètres du vide,
où les pierres rient
et les nuages hurlent
que tout est déjà arrivé
avant d’être imaginé.
Et peut-être que tenir
n’est pas respirer,
mais se fondre
dans le fracas,
la lumière,
l’absence.
jeudi
La pluie apprend à hurler
Le jeune loup est tombé,
Ou peut-être n’est-il jamais né.
Les arbres se penchent pour écouter le silence,
Comme si le monde retenait son souffle.
Les feuilles deviennent vent.
Les racines s’ouvrent comme des mains dans la terre humide.
Le ciel pleure à rebours,
Et les étoiles se défont lentement dans l’ombre.
Un rapace tourne.
Le temps, sous ses ailes, se relâche et coule.
Ses yeux sont deux astres éteints.
Son cri fend l’air… Puis plus rien.
Les chiens errants avancent sans bruit.
Leurs crocs ne blessent plus :
Ils dessinent des signes invisibles
Sur la peau du sol.
Les biches et les cerfs se dénouent dans la brume.
Leurs ombres glissent vers les rivières
Et s’y déposent comme un secret.
Le jeune loup traverse les saisons
Comme une cendre portée par le vent.
Ses pattes frôlent des restes de mémoire.
Ses yeux — deux lueurs fragiles —
Cherchent un reflet dans l’eau noire.
Hurler serait inutile.
Les hurlements descendent dans la terre.
Ils deviennent racines.
Les racines deviennent paroles.
Les paroles se dissolvent en pluie,
Et la pluie recommence la forêt.
J’écris avec la sève des feuilles.
Je lis les branches lentement.
Je parle aux pierres.
Parfois, je me tais.
Chaque souffle est un vers.
Chaque pas, une strophe brève.
Le jeune loup marche dans mes phrases
Sans laisser de trace visible.
Rien ne sera plus jamais pareil.
Le sol respire doucement.
Les arbres rêvent debout.
Les rivières hésitent avant de couler.
Et moi, je marche parmi leurs ombres,
La voix du loup ouverte en lumière discrète
Qui tombe, simplement,
Sur mes paupières closes.
L’amour traverse les ombres
Qui traverse les ombres.
lundi
Bleu
Bleu,
Souffle froid
À l’horizon de mes artères.
Pourpre aux joues
Nées des premiers frimas.
Tu descends.
Silence
Sur mes tempes agitées.
Bleu,
Distance presque irréelle,
Clarté d’un ciel
Où ma pensée se défait.
Rêve cristallin
Au bord de ta bouche,
Qui t’a initiée
Aux hauteurs sans retour ?
Bleu.
Tendresse nue.
Turquoise frôlant nos âmes
En secret frisson.
Tu poses une eau fraîche
Sur la braise du front.
Nos fièvres reculent.
Bleu,
Peau d’air tendue
Sur la lumière.
Onde brève.
Tu révèles
Ce qui tenait dans l’ombre.
Tu passes
Et mon regard s’abîme
En ton possible.
Bleu,
Drap froissé d’une nuit originelle,
Éclat d’amande et de saphir clandestin.
Parure offerte
À la gorge secrète de la lumière.
Source sans visage.
Laisse-moi
Me dissoudre.
vendredi
L'énigmatique Elle
mardi
Ce n’est pas la Belle qui tremble
lundi
On dit que tout va bien
On dit beaucoup de choses
Quand on n’écoute plus rien.
Pas dans le sang.
Dans la fatigue.
Des classes pleines.
Des têtes lourdes.
Des cerveaux en veille.
On apprend à cocher
Avant d’apprendre à douter.
On apprend à répondre
Avant d’apprendre à questionner.
On fabrique des compétences,
Pas des consciences.
Des profils,
Pas des esprits libres.
La colère naît tôt.
Très tôt.
Elle est déjà là
Au berceau.
Mais sans carte.
Sans nord.
Sans main tendue.
Elle brûle.
Elle éclaire.
Puis elle consume
Celui qui la porte.
D’ouvrir les mains
Avant de lever le poing.
Si on accepte
De penser ensemble
Avant de s’affronter.
Parce que la solution
N’est peut-être pas
Dans ce qu’on crie…
Où on recommence
À s’écouter.
On dit que tout va bien.
Comme si on fermait les volets trop tôt,
pour ne pas voir la lumière qui baisse.
On dit que ça va passer,
comme une averse d’été,
alors que l’humidité reste dans les murs.
On dit beaucoup de choses.
Des mots qui tombent juste,
mais jamais au bon endroit.
La culture ne meurt pas.
Elle fermente.
Comme un fruit oublié derrière une vitre,
trop mûr pour être mangé,
pas assez mort pour disparaître.
On crée. Ou plutôt —
on remplit le vide avec du bruit.
Avant, fragile.
Aujourd’hui, sûr de plaire.
Par peur. Par fatigue. Par silence.
Je repense à une salle de classe.
Un matin de novembre.
L’air trop chaud, les manteaux encore sur les chaises.
Un élève fixe la fenêtre.
Mais il regarde son reflet.
Comme s’il vérifiait qu’il est encore là.
Un autre scrolle sous la table.
Son pouce a pris de l’avance sur sa pensée.
Quelqu’un répond.
Juste. Rapidement.
La bonne réponse.
Pas forcément la bonne question.
On avance dans le programme
comme on coche une liste de courses.
Comprendre ?
On verra après.
Douter ?
On n’a pas le temps.
L’éducation s’use.
Comme une craie trop courte
qu’on continue d’utiliser
jusqu’à écrire avec la peau des doigts.
On apprend à être fonctionnel.
Efficace. Adaptable.
Et doucement,
presque sans s’en rendre compte,
on devient capable de tout faire
sauf de s’arrêter.
Dehors, les discours tournent.
Droite. Centre. Gauche.
On n’écoute plus pour comprendre.
On écoute pour confirmer ce qu’on savait déjà.
La distance s’infiltre,
comme une fuite lente dans un mur porteur.
La violence surgit.
Dans un regard.
Dans un geste qu’on ne fera pas.
Dans un film au lieu d’un acte.
La colère commence tôt.
Silence trop long. Chaise vide.
Elle éclaire, puis déforme.
Elle désigne des coupables.
Soulage un instant.
Alors — fin ?
Peut-être pas.
Peut-être commence-t-on
par une main ouverte.
Une question posée.
Sans réponse immédiate.
Accepter de ne pas avoir raison seul.
Crier, on sait.
S’opposer aussi.
Écouter vraiment — rare.
Et ça fait peur.
Ce n’est pas une solution.
C’est une responsabilité.
Un espace qu’on rouvre —
sans garantie qu’il reste habitable.
Pour entendre
ce qui était couvert par le bruit.
Et voir,
s’il reste assez de voix
ou de silence
pour recommencer à vivre.
Résonances
Mon travail effaçait les traces de la boue, tandis qu’une petite fille à la chevelure blanche demeurait là, immobile, au milieu des champs de betteraves. Elle aimait la solitude. Elle contemplait la pluie, s’immergeait dans les nuances du soleil, observait le monde avec son chat posé à la fenêtre. Puis elle s’endormait, paisiblement, sur la margelle du temps.
L’éternité, comme les almanachs, semblait avoir atteint sa dernière page. Elle continuait pourtant de hanter les craintifs, les autels des sorcières, les infirmières dévouées et les amoureux de la mythologie. Si loin et si proche à la fois, elle n’était qu’un bref intermède offert aux cinq sens.
Pendant qu’elle savourait une dernière chicorée, le coin de la pièce se réchauffait lentement. Une libellule s’approchait, réclamant des dettes de caresses, des baisers oubliés, des poésies longtemps retenues.
Ne parlons pas trop. Il n’existe jamais plus de temps que celui qu’il faut pour tout perdre. Dans le sac, je rangeais ce désir discret de contrebande intérieure, tandis que la longévité continuait de nous échapper. Nous ne vivons qu’une fois, et pourtant nous mourons plusieurs fois. Alors, apprenons des maîtres de l’immatériel l’art fragile de prédire sans tromper. Cherchons notre boule de cristal : non pour connaître l’avenir, mais pour déjouer la routine et le conformisme.
Elle est honnête, et je l’accueille.
Elle est empathique, et je l’apprends.
Elle est exigeante, et je l’accepte.
Dans cet accord silencieux, le temps consent enfin à se taire.
Deepfakes ou la libellule du réel
Posée sur le fil du temps.
Mes yeux…
mosaïque,
mille vérités à la fois.
Et pourtant…
je peine
à distinguer l'homme
de son reflet.
Autrefois :
masques immobiles.
Ailes peintes sur du verre.
Aujourd'hui :
ils battent l'air.
Le faux apprend
le vol stationnaire.
Il n’entre plus dans l’image.
Il habite la durée.
Le temps réel :
mare tiède.
Visages synthétiques
vibrent à la surface…
Je vois :
voix sans corps,
corps sans fatigue,
regards qui savent
quand se poser.
Ce n’est plus ressemblance.
C’est chorégraphie.
Gestes répétés,
hésitations copiées…
comme le battement de mes ailes
quand je fais semblant de réfléchir.
Humains…
plissent les yeux.
Scrutent les pixels.
Cherchent des larves
dans une eau troublée.
Moi…
insecte du présent.
Je sais :
ce n’est pas l’image qui ment.
C’est la continuité.
Les défenses viendront d’ailleurs…
Signatures invisibles,
gravées plus profondément
que la lumière.
Machines parleront aux machines.
Pour décider
qui est né
et qui a été calculé.
Moi…
je plane.
Au ras de vos écrans.
Témoin minuscule
d’un monde
où tout peut imiter le vivant
sans jamais mourir.
Depuis mon fil fragile :
mensonges battent des ailes…
l’humanité devra apprendre
à vérifier avant de croire.
Grave…
mais un peu drôle.
Je suis une libellule.
Et même moi…
je n’avais pas prévu
que les humains
auraient besoin
d’un certificat d’authenticité
pour prouver
qu’ils sont bien réels.
*
Je suis une libellule
Sur le fil du temps
Mes yeux en mosaïque
Voient mille maintenant
Je regarde l’homme
Et son reflet
Deux battements d’ailes
Je ne sais plus lequel est vrai
Refrain
Ça bat, ça bat dans l’air
Le vrai, le faux se confondent
Ça bat, ça bat dans l’air
Même les mensonges ont des ailes
Couplet 2
Autrefois les masques
Dormaient sur le verre
Aujourd’hui ils respirent
Ils savent quand se taire
Le faux reste immobile
En plein vol
Il ne passe plus l’image
Il dure, il colle
Refrain
Ça bat, ça bat dans l’air
Le vrai, le faux se confondent
Ça bat, ça bat dans l’air
Même les mensonges ont des ailes
Pont (parlé ou chanté lent)
Voix sans corps
Corps sans fatigue
Gestes copiés
Regards stratégiques
Ce n’est pas l’image
Qui ment encore
C’est le fil du temps
Qui ne se rompt pas
Couplet 3
Les humains plissent les yeux
Devant l’eau trouble
Cherchent une preuve
Quand tout redouble
Moi je plane bas
Au bord des écrans
Petit témoin fragile
Du présent
Dernier refrain (plus doux)
Ça bat, ça bat dans l’air
Il faudra apprendre à voir
Ça bat, ça bat dans l’air
Vérifier avant de croire
Outro
Je suis une libellule
Je n’avais pas prévu
Qu’il faudrait un papier
Pour prouver qu’on est humain
vendredi
Bise et silence
mercredi
Génération X
Autour de lui, les alliances se dénouent.
Les maisons se vident de promesses anciennes,
les anneaux glissent des doigts,
l’amour change de forme
comme on change de saison.
Les femmes marchent dehors, debout dans la lumière,
leurs pas résonnent sur le pavé du travail,
et le monde, surpris, réapprend son propre équilibre.
La libellule sur son épaule
compte les naissances que l’on retient,
les berceaux restés silencieux par choix,
les ventres qui décident,
la pilule minuscule
comme une planète maîtrisée.
La foule cesse de croître à l’infini,
le futur respire moins vite.
La nuit, des écrans projettent
des enfants au regard d’orage,
innocence retournée comme un gant,
peur mise en scène pour dire
ce que l’on n’ose plus nommer.
Même l’enfance devient un miroir inquiet.
Il a appris autrement.
Pas en ligne droite,
mais en éclats, en détours,
dans une éducation qui ouvre
au lieu de refermer.
Pourtant, les portes se ferment ailleurs,
les écoles dressent leurs prix comme des murs,
le savoir devient altitude,
réservée à ceux qui peuvent grimper.
Puis le bruit sourd des blocs s’effondre.
La guerre froide fond dans les archives,
les ennemis changent de visage,
le monde ne sait plus très bien
contre quoi se tendre.
Alors l’homme regarde la libellule.
Elle ne gouverne rien,
ne possède rien,
mais traverse l’air avec justesse.
Elle lui apprend cela :
vivre dans l’instable,
accepter la métamorphose,
tenir l’équilibre sur l’instant.
Et dans le battement fragile de ses ailes,
il reconnaît sa propre époque —
incertaine, fragmentée,
mais encore capable de lumière.
*
Version Chanson
Cliquez ici pour écouter la chanson
Il avance.
Il avance.
Ailes de verre sur le dos.
Avatar libellule
dans un monde
trop lourd
pour rêver léger.
Ses yeux font double.
Double regard.
Double fond.
Il voit les fissures sous le vernis,
la confiance qui fuit des palais,
les institutions en playback,
où diriger
ne fait plus lever
ni les foules
ni les têtes.
Autour de lui
les liens lâchent.
Les alliances craquent.
Les maisons rendent les promesses,
les bagues glissent,
l’amour mute,
change de peau
comme on change de saison
sans demander pardon.
Les femmes marchent.
Elles marchent dehors.
Debout.
En plein jour.
Leurs pas cognent le pavé du travail,
et le monde, surpris,
boîte,
cherche encore
son équilibre.
Sur son épaule
la libellule compte.
Elle compte ce qu’on retient.
Les naissances suspendues.
Les berceaux muets par choix.
Les corps qui décident.
Une pilule minuscule
pour freiner l’infini.
La foule ralentit.
Le futur
reprend
son souffle.
La nuit,
les écrans vomissent des enfants d’orage,
innocence retournée,
peur scénarisée
pour dire en fiction
ce qu’on tait en face.
Même l’enfance
nous regarde
de travers.
Il a appris autrement.
Pas droit.
Pas sage.
En éclats.
En détours.
Une éducation qui ouvre —
mais ailleurs
les portes se ferment.
Les écoles dressent leurs prix
comme des murs,
le savoir devient une altitude,
réservée
aux grimpeurs.
Et puis—
BOUM.
Les blocs tombent.
La guerre froide fond dans les cartons,
les ennemis changent de masque,
le monde ne sait plus
où poser
ses poings.
Alors il regarde la libellule.
Elle ne gouverne rien.
Rien.
Elle ne possède rien.
Rien.
Mais elle traverse l’air
juste.
Elle lui apprend ça :
tenir dans l’instable,
aimer la métamorphose,
rester debout
sur l’instant.
Battement d’ailes.
Encore.
Battement d’ailes.
Toujours.
Et dans ce fragile mouvement,
il reconnaît son époque :
brisée,
mouvante,
incertaine…
mais encore
capable
de lumière.
La langue des ailes
Ce pays n’est ni vaste ni docile.
Montagnes dressées vers le ciel.
Vallées secrètes.
Silence blanc.
L’hiver règne longtemps.
Le froid façonne les gestes, façonne les pensées.
Sous un ciel d’un bleu cru, presque douloureux,
la beauté est partout, exigeante,
mais la terre, avare, offre peu.
Les habitants savent qu’ils ne sont pas maîtres de leur destin.
La montagne parle avant eux.
La neige décide du rythme.
Le langage ne leur appartient pas :
il vient de la littérature, fragile, poli par les siècles.
Les mots servent à se chauffer, à se guider, à ne pas se perdre.
Chaque phrase est une corde tendue au-dessus du vide.
Pourtant, leur regard sur leur culture demeure trouble.
Des siècles de luttes intérieures.
Des divisions muettes.
Des mémoires enfouies sous la glace.
Le passé craque parfois,
comme une couche de neige trop lourde.
Alors les poèmes ne disent pas seulement la beauté :
ils retiennent les montagnes,
ils contiennent le froid,
ils maintiennent le ciel à distance du silence.
Ce pays est le sien.
Ou plutôt, il appartient à la libellule qui le survole.
Elle l’a vu avant que les mots ne prennent forme,
avant que les choix ne se fassent.
Elle traverse les phrases comme elle traverse les montagnes,
portée par un souffle plus ancien que la voix des hommes.
Avant la course, il y eut la glisse.
La neige portait les corps avant que la terre n’apprenne à courir.
La montagne n’attend rien de ceux qu’elle observe.
Elle ne s’explique pas.
Elle oblige à être.
Le silence, comme l’isolement, est d’abord une force.
Il resserre l’être.
Il le rend dense.
Il le rend attentif.
Dans le retrait, quelque chose s’aiguise :
l’écoute du monde, le battement intérieur.
Loin des voix, on apprend à tenir seul,
à marcher sans appui,
à habiter pleinement sa présence.
Mais cette force a un seuil.
Quand le silence s’étire trop longtemps, il cesse de protéger.
Il se referme.
Il devient mur.
Il devient nuit.
L’isolement n’élève plus : il enferme.
Ce qui forgeait l’âme commence à l’user.
La solitude devient désert.
Alors le silence, jadis refuge,
se change en enfer lent.
Non par violence, mais par absence.
Absence de voix.
Absence de réponse.
Absence de chaleur.
Et la libellule se demande…
Si la timidité des hommes vient de là.
Si elle est née dans ce pays de neige et de pentes abruptes.
Dans cet apprentissage précoce du silence.
Les voix humaines se raréfient comme l’air en altitude.
Trop de mots peuvent faire chuter.
La montagne apprend la retenue.
La prudence avant l’élan.
L’écoute avant la réponse.
Dans la neige, tout son se perd.
Tout geste se ralentit.
On ne parle pas pour remplir le vide.
On parle pour ne pas le briser.
La difficulté des hommes à parler vient de ce monde blanc.
Où l’isolement n’est pas une exception mais une loi.
Où les visages se font rares.
Où les rencontres se font précieuses, presque solennelles.
La distance est grande.
Non par indifférence, mais par nécessité.
Le froid n’aime pas les gestes inutiles.
Le froid n’aime pas les mots légers.
Le froid n’aime pas les mains vides.
Aujourd’hui encore, la libellule porte cette neige dans ses ailes.
Elle observe les mots comme on cherche un sentier sous la glace.
Elle vole doucement.
De peur de provoquer une avalanche.
La timidité des hommes n’est pas un manque.
Elle est la trace d’un paysage qui les a appris à vivre en dedans.
À respirer lentement.
À tenir debout dans le silence avant d’oser s’ouvrir.
Les hommes viennent au dessin pour parler avec les autres.
Pour laisser glisser leurs mots dans les couleurs.
Pour que leurs silences deviennent formes et lignes.
Quand ils parlent, ils se retiennent encore.
Quand ils dessinent, la montagne et la neige
ne leur enseignent plus le silence :
elles deviennent pinceaux, elles deviennent ombres, elles deviennent espace à remplir.
Dans chaque trait, ils tendent un fil vers quelqu’un.
Ils jettent un pont au-dessus du vide qu’ils ont longtemps habité.
Le papier devient langue secrète.
La couleur devient souffle.
La couleur devient voix.
Leurs mains parlent avec l’audace des sommets.
Même si les lèvres hésitent, les mains parlent.
Même si le cœur tremble, les mains parlent.
Le dessin est conversation avec le monde.
Une parole silencieuse qui traverse les montagnes intérieures.
Qui fait tomber la neige.
Qui ouvre les ciels bleus.
Qui permet enfin d’exister parmi les autres.
Sans que le froid ne l’arrête.
Sur la feuille, le noir et le blanc se répondent.
Comme la neige et le silence.
Comme la neige et la montagne.
Comme le silence et le vent.
Le blanc est vide et froid.
Le noir est présence et mémoire.
Chaque trait est un pas dans ce paysage silencieux.
Un souffle suspendu entre ce qui se montre et ce qui se cache.
Le dessin devient miroir.
Le blanc n’est pas seulement absence.
Le noir n’est pas seulement présence.
Ils se tiennent.
Ils se contrarient.
Ils se complètent.
Comme la neige sur la terre endormie.
Comme la voix qui naît enfin dans les couleurs.
Comme l’existence qui apprend à exister
entre le silence et le monde.
Et dans ce souffle long comme un sommet.
Dans ce souffle froid comme la neige.
Le silence n’est plus un obstacle.
Le froid n’est plus une barrière.
La neige et la montagne sont une langue.
Les mains parlent.
Les couleurs parlent.
Le blanc et le noir parlent.
Le monde écoute enfin.
Puis la libellule s’envole.
Elle quitte les montagnes, la neige, le silence blanc.
Elle va vers le sud, vers la lumière, vers le ciel vaste et brûlant.
Là où la terre est généreuse.
Où le soleil ne se retire jamais.
Où le vent caresse plutôt qu’il ne murmure.
Au début, elle est perdue.
Le ciel d’un bleu éclatant l’aveugle.
Les fleurs semblent trop présentes, trop rapides, trop vivantes.
Les voix résonnent comme des torrents.
Elle n’a jamais appris à suivre leur cours.
Ses ailes connaissent le rythme lent des montagnes.
Son souffle connaît la longueur des cols enneigés.
Ici, tout va trop vite.
Ici, tout est lumière, bruit et chaleur.
Et pourtant, elle découvre de nouvelles langues.
Le soleil devient voix.
Le vent chaud devient confidence.
La couleur se déploie partout, dans chaque pierre, chaque arbre, chaque ciel immense.
Elle ne survole plus seulement pour observer :
elle se fond, elle comprend, elle s’ouvre.
Chaque vol dans la lumière est un pas dans ce pays nouveau,
chaque battement d’ailes un pont sur l’abîme du passé.
Elle apprend à marcher autrement.
À respirer autrement.
À écouter autrement.
Les mots ne gèlent plus dans sa bouche.
Le silence n’est plus un mur mais une respiration.
Le monde chaud l’accueille dans sa générosité,
et elle apprend à être entière.
Pourtant, la montagne ne l’a jamais quittée.
Elle vit encore dans ses ailes, dans ses traits.
La neige vit encore dans ses silences, dans ses respirations.
Elle porte toujours ce pays en elle,
comme une racine sous le sable chaud,
comme un souffle long qui traverse les saisons.
Et elle parle encore avec ses couleurs, encore avec ses ailes,
mais maintenant, le souffle vient de la lumière,
de la chaleur, du monde entier qui l’entoure.
Elle n’a pas oublié la force du froid.
Elle n’a pas oublié le poids du silence.
Elle n’a pas oublié les pas prudents sur la glace.
Mais elle a appris à voler dans le feu, dans le vent, dans la lumière.
À exister ici et là,
dans le blanc et dans la couleur,
dans le silence et dans la voix,
dans le pays de l’enfance et dans celui de la vie nouvelle.
Et la libellule… enfin, est plus grande que les montagnes.
Plus vaste que la neige.
Sa langue est double :
celle des racines, celle du souffle chaud.
Ses ailes parlent encore,
ses couleurs parlent encore,
et le monde l’écoute.
Et enfin… elle existe.
mardi
La danse des voix inaperçues
J’ose la poésie comme un souffle d’exil,
Pour dissiper l’étau des angoisses clandestines.
Mes yeux s’égarent sur la fissure du monde,
Affiche effritée où le murmure des indociles
Tremble encore, fragile et obstiné.
Au cœur d’un rond-point de mutisme,
Là où se délite la patience des veines,
Je voudrais enlacer l’absence
Comme on recueille un mirage,
Et laisser affleurer les chances enfouies
Sous les poussières du quotidien.
Je découvre son âme sous une pluie d’ambre,
Étincelle infime mais incorruptible,
Flamme que nul secret ne parvient à étouffer.
Les arbres, drapés d’écorces anciennes,
Ancrent nos destins dans la même argile,
Où nos consciences, irréparables,
Apprennent à dialoguer avec l’harmonie.
J’enlace son cœur aux charnières lucides,
Forteresse déliée des ombres antiques.
L’eau indomptée de ses lèvres
Ébauche des confidences en clair-obscur,
Sur la démesure des blessures
Et l’ivresse débordante des songes.
J’ose fracturer le temps pour le voir renaître,
Plus tendre, plus respirable,
Dans la dualité de nos frayeurs apaisées.
Le voile doré de l’instant s’entrouvre,
Et, dans la danse étincelante des rires,
Nos âmes vibreront encore
Sous la lumière neuve de l’inattendu.
*
Même dans le silence ou l’oubli, il y a une activité intense, presque chorégraphiée, un monde souterrain de sens et d’émotions.
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