Il y a quelque chose là.
Pas stable.
Pas nommable correctement.
Un reste qui insiste.
La tasse fume,
puis moins,
puis encore un peu — peut-être — ou déjà fini.
Je ne sais pas si je suis assis exactement comme il faut.
Je pourrais être décalé de quelques centimètres
sans que ça change quoi que ce soit.
Derrière, quelqu’un rit trop fort puis s’arrête net,
comme coupé.
Je ne regarde pas.
Ou si, mais sans geste clair.
La vitre ne sépare pas vraiment.
Elle appuie. Elle insiste aussi.
Un pigeon sur une poubelle fermée.
Il n’attend pas. Il ne part pas non plus.
Les poèmes continuent
même quand ils ne servent plus,
comme un appareil qu’on n’éteint pas
parce qu’on a oublié le bouton.
Dehors, tout use tout.
Les choses passent dans une matière lente.
Bus : frein trop sec. Air cassé.
Rien ne revient à sa forme.
Un sac plastique tient dans le mouvement,
sans direction stable.
Il ne tombe pas — il hésite à tomber.
Un chien,
entièrement concentré sur un point invisible.
Tout son corps y est déjà.
Les gens passent.
Ils ne se reprennent pas en marchant.
Ils laissent faire leur propre désordre.
Le percepteur écrit quelque chose,
mais ce n’est pas sûr que ce soit écrit correctement.
Les visages sont juste des zones.
Une phrase essaie de se tenir.
Elle glisse. Elle recommence.
Elle ne décide pas.
On vit avec un poids sans origine.
Pas une idée.
Plutôt un fait mal expliqué.
Amour :
deux gestes qui se croisent
sans vraiment se reconnaître.
Cuisine. Évier. Bruit d’eau trop long
qui ne finit pas de finir.
Je regarde la rue,
ou elle me traverse,
ou aucun des deux.
La tasse est froide maintenant.
Ou pas froide exactement.
Il y a un moment où ça ne correspond plus.
Je ne sais plus lequel.
Ça continue encore un peu.
Et après.
Et après.



