Et soudain,
la toile se déchire :
les mots n’y frémissent plus seulement,
ils éclatent.
Étoiles filantes.
Traînées brèves.
Cicatrices lumineuses
sur le vaste firmament artistique.
S’écouleront-ils vraiment, ces vers,
nés d’un désert sans promesse ?
Ou resteront-ils suspendus,
entre deux silences,
comme une gorge hésitant à parler ?
L’âme n’est ni jardinier ni troubadour ici.
Elle sculpte.
Elle fracture.
Elle reflète.
Des miroirs —
mais fêlés.
Des tableaux —
mais infinis et instables.
Prenez-les,
mais pas trop vite.
Sous l’ombre de la plume,
il y a un souffle qui tremble.
Sur le versant oriental,
là où les secrets n’aiment pas être dits,
ses ailes se replient.
Au matin,
on ne les lit pas : on les apprivoise.
Eau de neige sur les phrases brûlantes.
Silence sur le trop-plein.
Comme on allège un bijou trop lourd pour l’âme.
Puis vient le geste lent :
déposer,
recouvrir,
attendre.
Voile de soie.
Brindilles fragiles.
Jardin d’hiver.
Et le saule —
pas docile cette fois —
pleure sans demander la permission.
Alors seulement,
sur la mousse ancienne,
les pensées cessent de flotter.
Elles s’enracinent.
Ou peut-être s’effondrent.
Patience.
Car c’est dans l’attente
que le texte respire enfin
et devient vivant.


