On dit que ça va passer.
On dit beaucoup de choses
Quand on n’écoute plus rien.
La culture serait morte.
Pas assassinée.
Non.
Asphyxiée.
Sous les écrans,
Sous l’instant,
Sous l’urgence de produire
Quelque chose
Qui ressemble à quelque chose.
Le plus petit murmure.
La petite chuchote.
La normale s’essouffle.
La moyenne se répète.
La grande se vend.
La plus grande
S’oublie.
Maintenant, c’est remplir.
Transmettre, c’était relier.
Maintenant, c’est distraire.
L’éducation agonise.
Pas dans le sang.
Dans la fatigue.
Des classes pleines.
Des têtes lourdes.
Des cerveaux en veille.
On apprend à cocher
Avant d’apprendre à douter.
On apprend à répondre
Avant d’apprendre à questionner.
On fabrique des compétences,
Pas des consciences.
Des profils,
Pas des esprits libres.
Droite.
Centre.
Macron.
Gauche.
Extrême gauche.
Même décor.
Mêmes promesses recyclées.
Même distance.
Ils parlent d’en haut
À des gens d’en bas
Qui ne lèvent même plus la tête.
Ils parlent chiffres.
On parle loyers.
Ils parlent croissance.
On parle survie.
La politique est hors sol.
Et nous,
On s’enfonce.
La violence est banalisée
Parce qu’elle est partout
Et qu’on n’a plus de mots
Pour la dire autrement.
20 ans : déjà blasé.
16 ans : déjà en colère.
12 ans : déjà exposé.
On se rassemble
Sans horizon.
On se plante
Sans surprise.
On se flingue
Sans futur.
À feu.
À tort.
À travers.
Quand plus personne n’écoute,
Les poings prennent la parole.
La colère naît tôt.
Très tôt.
Elle est déjà là
Au berceau.
Mais sans carte.
Sans nord.
Sans main tendue.
Elle brûle.
Elle éclaire.
Puis elle consume
Celui qui la porte.
D’ouvrir les mains
Avant de lever le poing.
Si on accepte
De penser ensemble
Avant de s’affronter.
Parce que la solution
N’est peut-être pas
Dans ce qu’on crie…
Où on recommence
À s’écouter.


















