On dit beaucoup de choses
Quand on n’écoute plus rien.
Pas dans le sang.
Dans la fatigue.
Des classes pleines.
Des têtes lourdes.
Des cerveaux en veille.
On apprend à cocher
Avant d’apprendre à douter.
On apprend à répondre
Avant d’apprendre à questionner.
On fabrique des compétences,
Pas des consciences.
Des profils,
Pas des esprits libres.
La colère naît tôt.
Très tôt.
Elle est déjà là
Au berceau.
Mais sans carte.
Sans nord.
Sans main tendue.
Elle brûle.
Elle éclaire.
Puis elle consume
Celui qui la porte.
D’ouvrir les mains
Avant de lever le poing.
Si on accepte
De penser ensemble
Avant de s’affronter.
Parce que la solution
N’est peut-être pas
Dans ce qu’on crie…
Où on recommence
À s’écouter.
On dit que tout va bien.
Comme si on fermait les volets trop tôt,
pour ne pas voir la lumière qui baisse.
On dit que ça va passer,
comme une averse d’été,
alors que l’humidité reste dans les murs.
On dit beaucoup de choses.
Des mots qui tombent juste,
mais jamais au bon endroit.
La culture ne meurt pas.
Elle fermente.
Comme un fruit oublié derrière une vitre,
trop mûr pour être mangé,
pas assez mort pour disparaître.
On crée. Ou plutôt —
on remplit le vide avec du bruit.
Avant, fragile.
Aujourd’hui, sûr de plaire.
Par peur. Par fatigue. Par silence.
Je repense à une salle de classe.
Un matin de novembre.
L’air trop chaud, les manteaux encore sur les chaises.
Un élève fixe la fenêtre.
Mais il regarde son reflet.
Comme s’il vérifiait qu’il est encore là.
Un autre scrolle sous la table.
Son pouce a pris de l’avance sur sa pensée.
Quelqu’un répond.
Juste. Rapidement.
La bonne réponse.
Pas forcément la bonne question.
On avance dans le programme
comme on coche une liste de courses.
Comprendre ?
On verra après.
Douter ?
On n’a pas le temps.
L’éducation s’use.
Comme une craie trop courte
qu’on continue d’utiliser
jusqu’à écrire avec la peau des doigts.
On apprend à être fonctionnel.
Efficace. Adaptable.
Et doucement,
presque sans s’en rendre compte,
on devient capable de tout faire
sauf de s’arrêter.
Dehors, les discours tournent.
Droite. Centre. Gauche.
On n’écoute plus pour comprendre.
On écoute pour confirmer ce qu’on savait déjà.
La distance s’infiltre,
comme une fuite lente dans un mur porteur.
La violence surgit.
Dans un regard.
Dans un geste qu’on ne fera pas.
Dans un film au lieu d’un acte.
La colère commence tôt.
Silence trop long. Chaise vide.
Elle éclaire, puis déforme.
Elle désigne des coupables.
Soulage un instant.
Alors — fin ?
Peut-être pas.
Peut-être commence-t-on
par une main ouverte.
Une question posée.
Sans réponse immédiate.
Accepter de ne pas avoir raison seul.
Crier, on sait.
S’opposer aussi.
Écouter vraiment — rare.
Et ça fait peur.
Ce n’est pas une solution.
C’est une responsabilité.
Un espace qu’on rouvre —
sans garantie qu’il reste habitable.
Pour entendre
ce qui était couvert par le bruit.
Et voir,
s’il reste assez de voix
ou de silence
pour recommencer à vivre.


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