Le jeune loup est tombé,
Ou peut-être n’est-il jamais né.
Les arbres se penchent pour écouter le silence,
Comme si le monde retenait son souffle.
Les feuilles deviennent vent.
Les racines s’ouvrent comme des mains dans la terre humide.
Le ciel pleure à rebours,
Et les étoiles se défont lentement dans l’ombre.
Un rapace tourne.
Le temps, sous ses ailes, se relâche et coule.
Ses yeux sont deux astres éteints.
Son cri fend l’air… Puis plus rien.
Les chiens errants avancent sans bruit.
Leurs crocs ne blessent plus :
Ils dessinent des signes invisibles
Sur la peau du sol.
Les biches et les cerfs se dénouent dans la brume.
Leurs ombres glissent vers les rivières
Et s’y déposent comme un secret.
Le jeune loup traverse les saisons
Comme une cendre portée par le vent.
Ses pattes frôlent des restes de mémoire.
Ses yeux — deux lueurs fragiles —
Cherchent un reflet dans l’eau noire.
Hurler serait inutile.
Les hurlements descendent dans la terre.
Ils deviennent racines.
Les racines deviennent paroles.
Les paroles se dissolvent en pluie,
Et la pluie recommence la forêt.
J’écris avec la sève des feuilles.
Je lis les branches lentement.
Je parle aux pierres.
Parfois, je me tais.
Chaque souffle est un vers.
Chaque pas, une strophe brève.
Le jeune loup marche dans mes phrases
Sans laisser de trace visible.
Rien ne sera plus jamais pareil.
Le sol respire doucement.
Les arbres rêvent debout.
Les rivières hésitent avant de couler.
Et moi, je marche parmi leurs ombres,
La voix du loup ouverte en lumière discrète
Qui tombe, simplement,
Sur mes paupières closes.

Voilà la poésie que j'aime.
RépondreSupprimerUn peu d'anthropomorphisme, mais c'est inévitable,
c'est un des charmes de la poésie.
Il faut que j'aille relire d'autres textes de toi.
Merci merci.