Autour de lui, les alliances se dénouent.
Les maisons se vident de promesses anciennes,
les anneaux glissent des doigts,
l’amour change de forme
comme on change de saison.
Les femmes marchent dehors, debout dans la lumière,
leurs pas résonnent sur le pavé du travail,
et le monde, surpris, réapprend son propre équilibre.
La libellule sur son épaule
compte les naissances que l’on retient,
les berceaux restés silencieux par choix,
les ventres qui décident,
la pilule minuscule
comme une planète maîtrisée.
La foule cesse de croître à l’infini,
le futur respire moins vite.
La nuit, des écrans projettent
des enfants au regard d’orage,
innocence retournée comme un gant,
peur mise en scène pour dire
ce que l’on n’ose plus nommer.
Même l’enfance devient un miroir inquiet.
Il a appris autrement.
Pas en ligne droite,
mais en éclats, en détours,
dans une éducation qui ouvre
au lieu de refermer.
Pourtant, les portes se ferment ailleurs,
les écoles dressent leurs prix comme des murs,
le savoir devient altitude,
réservée à ceux qui peuvent grimper.
Puis le bruit sourd des blocs s’effondre.
La guerre froide fond dans les archives,
les ennemis changent de visage,
le monde ne sait plus très bien
contre quoi se tendre.
Alors l’homme regarde la libellule.
Elle ne gouverne rien,
ne possède rien,
mais traverse l’air avec justesse.
Elle lui apprend cela :
vivre dans l’instable,
accepter la métamorphose,
tenir l’équilibre sur l’instant.
Et dans le battement fragile de ses ailes,
il reconnaît sa propre époque —
incertaine, fragmentée,
mais encore capable de lumière.
*
Version Chanson
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Il avance.
Il avance.
Ailes de verre sur le dos.
Avatar libellule
dans un monde
trop lourd
pour rêver léger.
Ses yeux font double.
Double regard.
Double fond.
Il voit les fissures sous le vernis,
la confiance qui fuit des palais,
les institutions en playback,
où diriger
ne fait plus lever
ni les foules
ni les têtes.
Autour de lui
les liens lâchent.
Les alliances craquent.
Les maisons rendent les promesses,
les bagues glissent,
l’amour mute,
change de peau
comme on change de saison
sans demander pardon.
Les femmes marchent.
Elles marchent dehors.
Debout.
En plein jour.
Leurs pas cognent le pavé du travail,
et le monde, surpris,
boîte,
cherche encore
son équilibre.
Sur son épaule
la libellule compte.
Elle compte ce qu’on retient.
Les naissances suspendues.
Les berceaux muets par choix.
Les corps qui décident.
Une pilule minuscule
pour freiner l’infini.
La foule ralentit.
Le futur
reprend
son souffle.
La nuit,
les écrans vomissent des enfants d’orage,
innocence retournée,
peur scénarisée
pour dire en fiction
ce qu’on tait en face.
Même l’enfance
nous regarde
de travers.
Il a appris autrement.
Pas droit.
Pas sage.
En éclats.
En détours.
Une éducation qui ouvre —
mais ailleurs
les portes se ferment.
Les écoles dressent leurs prix
comme des murs,
le savoir devient une altitude,
réservée
aux grimpeurs.
Et puis—
BOUM.
Les blocs tombent.
La guerre froide fond dans les cartons,
les ennemis changent de masque,
le monde ne sait plus
où poser
ses poings.
Alors il regarde la libellule.
Elle ne gouverne rien.
Rien.
Elle ne possède rien.
Rien.
Mais elle traverse l’air
juste.
Elle lui apprend ça :
tenir dans l’instable,
aimer la métamorphose,
rester debout
sur l’instant.
Battement d’ailes.
Encore.
Battement d’ailes.
Toujours.
Et dans ce fragile mouvement,
il reconnaît son époque :
brisée,
mouvante,
incertaine…
mais encore
capable
de lumière.

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