Qui suis-je ?

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La poésie est une suspension du temps, une clarté fugitive posée sur le monde. Un puits sans fond où puiser, sans mesure, la palette entière des émotions humaines. J’essaie, sans reprendre la recette des éloges, d’écrire de la poésie — ou du moins de m’en approcher, de frôler ce qui, pour moi, en porte le nom. Je me love dans cette matière à la fois sibylline et mouvante. Sibylline, parce qu’elle me parle dans une langue étrange, souvent indéchiffrable. Mouvante, parce qu’elle m’échappe, indomptable, refusant toute maîtrise. À la hauteur de mes moyens, j’essaie simplement d’être celui que je choisis d’être : le témoin de ce qui m’habite et de ce qui m’entoure. Je ne suis rien de plus qu’un être en besoin d’expression, offrant ce que la vie consent à me laisser croire, ressentir et partager.

Vous trouverez sur ce blog toutes mes humeurs poétiques, de la poésie plus ou moins libre selon l'état d'esprit du moment...

« Une poésie n’est-elle pas le seul endroit au monde où deux âmes étrangères peuvent se croiser intimement. »

Si vous souhaitez lire l’essentiel, cliquez sur l’onglet « tous mes recueils en libre accès sous format PDF »

Les écrits et les illustrations numériques sont de ma plume. Certaines de mes illustrations utilisent des photos lors de mes montages graphiques dont j’ignore les auteurs ; je reste dans ce cas ouvert pour les indiquer. Il peut arriver aussi qu'un vers se glisse et qu'il ne m'appartienne pas, par pur hasard ou pas, je l'indique lorsque je pense qu'il en est nécessaire. En bas du blog, il y a les liens concernant ceux que j'aime suivre... Attention je ne tiens pas à jour tous les liens... Et souvenez vous que la poésie est une suspension qui éclaire le monde !

Toutes les fautes d'orthographes sont corrigées au fur et à mesure des rencontres... Et toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite

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lundi

Deepfakes ou la libellule du réel

 Je suis une libellule.
Posée sur le fil du temps.

Mes yeux…
mosaïque,
mille vérités à la fois.

Et pourtant…
je peine
à distinguer l'homme
de son reflet.

Autrefois :
masques immobiles.
Ailes peintes sur du verre.

Aujourd'hui :
ils battent l'air.
Le faux apprend
le vol stationnaire.

Il n’entre plus dans l’image.
Il habite la durée.

Le temps réel :
mare tiède.
Visages synthétiques
vibrent à la surface…

Je vois :
voix sans corps,
corps sans fatigue,
regards qui savent
quand se poser.

Ce n’est plus ressemblance.
C’est chorégraphie.

Gestes répétés,
hésitations copiées…
comme le battement de mes ailes
quand je fais semblant de réfléchir.

Humains…
plissent les yeux.
Scrutent les pixels.
Cherchent des larves
dans une eau troublée.

Moi…
insecte du présent.
Je sais :
ce n’est pas l’image qui ment.
C’est la continuité.

Les défenses viendront d’ailleurs…
Signatures invisibles,
gravées plus profondément
que la lumière.

Machines parleront aux machines.
Pour décider
qui est né
et qui a été calculé.

Moi…
je plane.
Au ras de vos écrans.
Témoin minuscule
d’un monde
où tout peut imiter le vivant
sans jamais mourir.

Depuis mon fil fragile :
mensonges battent des ailes…
l’humanité devra apprendre
à vérifier avant de croire.

Grave…
mais un peu drôle.

Je suis une libellule.
Et même moi…
je n’avais pas prévu
que les humains
auraient besoin
d’un certificat d’authenticité
pour prouver
qu’ils sont bien réels.

*
 
Les deepfakes sont des vidéos, images ou sons truqués grâce à l’intelligence artificielle pour faire croire que quelqu’un dit ou fait quelque chose qu’il n’a jamais fait. En gros, c’est comme un montage hyper réaliste, mais créé automatiquement par un ordinateur et son complice d'oxygène, de carbone, d'hydrogène, d'azote, de calcium, de phosphore et de 1,5% d'inconnu... 
 
Version chanson
 
 Couplet 1
Je suis une libellule
Sur le fil du temps
Mes yeux en mosaïque
Voient mille maintenant

Je regarde l’homme
Et son reflet
Deux battements d’ailes
Je ne sais plus lequel est vrai

Refrain
Ça bat, ça bat dans l’air
Le vrai, le faux se confondent
Ça bat, ça bat dans l’air
Même les mensonges ont des ailes

Couplet 2
Autrefois les masques
Dormaient sur le verre
Aujourd’hui ils respirent
Ils savent quand se taire

Le faux reste immobile
En plein vol
Il ne passe plus l’image
Il dure, il colle

Refrain
Ça bat, ça bat dans l’air
Le vrai, le faux se confondent
Ça bat, ça bat dans l’air
Même les mensonges ont des ailes

Pont (parlé ou chanté lent)
Voix sans corps
Corps sans fatigue
Gestes copiés
Regards stratégiques

Ce n’est pas l’image
Qui ment encore
C’est le fil du temps
Qui ne se rompt pas

Couplet 3
Les humains plissent les yeux
Devant l’eau trouble
Cherchent une preuve
Quand tout redouble

Moi je plane bas
Au bord des écrans
Petit témoin fragile
Du présent

Dernier refrain (plus doux)
Ça bat, ça bat dans l’air
Il faudra apprendre à voir
Ça bat, ça bat dans l’air
Vérifier avant de croire

Outro
Je suis une libellule
Je n’avais pas prévu
Qu’il faudrait un papier
Pour prouver qu’on est humain
 

12 commentaires:

  1. Une belle et très fine libellule poétique qui procure de très beaux instant de lecture. Merci pour ce cadeau. Amitiés, Daniel.

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  2. Robert-Henri Djanvier 22, 2026

    Sommes nous seulement complices d'une machine à mouliner de l'intelligence, ou bien comme elle, faits de matière rendue intelligente par un flux éclectique issu de l'épique ?

    Merci pour cet intéressant certificat d'authenticité !

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    Réponses
    1. Hello... Je vais essayer de répondre à l'épique sans saigner... Nous ne sommes pas seulement complices d’une machine à produire de l’intelligence.
      Humains et machines sont faits de matière traversée par des flux organisateurs.
      La machine calcule et recombine, l’humain éprouve et habite le sens.
      Notre intelligence naît de récits, de mythes, d’un héritage épique.
      La différence majeure tient, il me semble, à la conscience et à l’expérience vécue.
      Pour la suite, vivons encore un peu...

      Supprimer
    2. Robert-Henri Dfévrier 02, 2026

      Certes, humains et machines sont issus de matière, mais la nature (voire la surnature) des flux qui les traversent n’est pas de même ordre. Or, si cela crée néanmoins des similitudes, gageons en effet que des différences subsistent encore longtemps et soient moins dans le comportement de la matière, qu'en rapport avec la manière qu'elle entend les signifier.

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    3. perroux jamesfévrier 03, 2026

      Voilà une réflexion fine et nuancée, où la précision n’exclut ni la profondeur ni la poésie.
      Elle révèle une matière grise encore verte : vive, curieuse, pleinement en devenir
      Une pensée prometteuse, attentive autant aux différences qu’à leur sens.

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    4. Robert-Henri Dfévrier 03, 2026

      Je croise les doigts ! en espérant de ce 1,5% d'inconnu que tu cites, qu'il perdure, pour quelque temps, en digne complice de ladite matière grise encore verte !

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    5. Gardons précieusement ce 1,5 % d’inconnu : c’est souvent lui qui fait germer les plus belles surprises.

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    6. Robert-Henri Dfévrier 14, 2026

      Comme quoi...

      L’un calcule les contours,
      l’autre renaît sans prémices.
      Mais dans ce duel d’atours,
      le vivant tient la lice.

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  3. Bonjour, une poésie profonde légère et très belle

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    Réponses
    1. Je ne sais pas par contre elle ne pèse rien,
      et pourtant elle vous touche juste... Alors vive la poésie, mais touche t elle ceux qui devrait en prendre conscience ?

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  4. Ton poème est une voix lucide et tendre à la fois, une mélancolie consciente, ironique et douce.
    Ce texte touche à mes yeux, par son énigme sur le réel de l'humain et la machine qui devient intelligente.

    Il y a aussi dans ton poème une compassion que je trouve légère et aérienne.
    Merci pour ce poème, pas facile d'accès, mais d'un éclectisme certain..

    Bien à toi.

    Pat

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour cette lecture si fine et généreuse.
      Savoir que ce poème a trouvé écho en toi, malgré son mystère, lui donne tout son sens.

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