Qui suis-je ?

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La poésie est une suspension du temps, une clarté fugitive posée sur le monde. Un puits sans fond où puiser, sans mesure, la palette entière des émotions humaines. J’essaie, sans reprendre la recette des éloges, d’écrire de la poésie — ou du moins de m’en approcher, de frôler ce qui, pour moi, en porte le nom. Je me love dans cette matière à la fois sibylline et mouvante. Sibylline, parce qu’elle me parle dans une langue étrange, souvent indéchiffrable. Mouvante, parce qu’elle m’échappe, indomptable, refusant toute maîtrise. À la hauteur de mes moyens, j’essaie simplement d’être celui que je choisis d’être : le témoin de ce qui m’habite et de ce qui m’entoure. Je ne suis rien de plus qu’un être en besoin d’expression, offrant ce que la vie consent à me laisser croire, ressentir et partager.

Vous trouverez sur ce blog toutes mes humeurs poétiques, de la poésie plus ou moins libre selon l'état d'esprit du moment...

« Une poésie n’est-elle pas le seul endroit au monde où deux âmes étrangères peuvent se croiser intimement. »

Si vous souhaitez lire l’essentiel, cliquez sur l’onglet « tous mes recueils en libre accès sous format PDF »

Les écrits et les illustrations numériques sont de ma plume. Certaines de mes illustrations utilisent des photos lors de mes montages graphiques dont j’ignore les auteurs ; je reste dans ce cas ouvert pour les indiquer. Il peut arriver aussi qu'un vers se glisse et qu'il ne m'appartienne pas, par pur hasard ou pas, je l'indique lorsque je pense qu'il en est nécessaire. En bas du blog, il y a les liens concernant ceux que j'aime suivre... Attention je ne tiens pas à jour tous les liens... Et souvenez vous que la poésie est une suspension qui éclaire le monde !

Toutes les fautes d'orthographes sont corrigées au fur et à mesure des rencontres... Et toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite

Copyright numéro 00048772-1

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Tous mes poèmes

mercredi

L’homme au soixantième étage

Je suis au soixantième étage
pour rencontrer les anges.

Du haut de cette tour
qui a cousu son ombre
dans la couture du ciel,
je regarde encore
la route invisible
où marche toujours
l'enfant que j'étais.

Chaque soir
je parlais à Cassandra.

Elle connaissait les sentiers
que les enfants abandonnent
lorsqu'ils apprennent
à prononcer leur propre nom.

Dans ses yeux
dormaient des voyages sans retour,

des grottes profondes
où la nuit gardait encore
ses premières étoiles.

Elle n'avait pas d'ailes.

Pourtant, lorsqu'elle souriait,
les portes invisibles
s'ouvraient d'elles-mêmes.

Une nuit,
mon maître imaginaire
me demanda de chercher
une lampe oubliée.

Elle reposait
au fond d'une grotte,
là où le silence veillait
sur la dernière flamme du monde.

Pour franchir le seuil,
il me donna
un objet sans valeur.

Je descendis seul.
Lorsque mes mains
touchèrent la lampe,
ce ne fut pas moi
qui trouvai la lumière.

Ce fut elle
qui me reconnut.

Alors mon maître disparut.

Je demeurai
avec le froid,
avec le silence,
avec cette flamme
qui éclairait davantage
mes absences
que mes découvertes.

Je crus
qu'elle m'appartenait.

Mais la lumière
ne possède personne.

Elle reconnaît seulement
ceux qui savent encore
la regarder.

Alors mon maître revint.

Il appela Cassandra.

Son regard traversa le mien.

Je compris.

Je n'étais pas venu
chercher une lampe.

J'étais venu retrouver
l'enfant
que j'avais laissé derrière moi.

Au fond de la grotte,
la lumière ne révéla
aucun trésor.

Elle ouvrit seulement
la mémoire
d'un enfant
qui croyait encore
que le ciel répondait.

Je remontai.

La flamme marchait en moi.

Aujourd'hui,
je suis toujours
au soixantième étage.

Je ne vois plus les anges.

Je vois les hommes
comme des poussières de passage.

Le monde, en bas,
tient désormais
dans la paume d'une main.

Pourtant, je me souviens.

Je croyais aux forêts
qui continuaient
au-delà du ciel,
aux rivières d'argent,
aux monstres bienveillants
qui gardaient les rêves,
et aux anges
qui faisaient la courte échelle
aux enfants
pour atteindre les étoiles.

Je suis
l'homme
du soixantième étage.

Personne
ne regarde vers moi.

Elle s'appelait Cassandra.

Je l'ai cherchée
jusqu'au sommet du monde.

Je ne sais toujours pas
si elle était un ange,
ou la dernière fenêtre ouverte
sur la maison
que mon enfance
avait quittée.

Peut-être dort-elle encore
dans la lumière.

Les anges
ne disparaissent jamais.

Ils attendent simplement

qu'un enfant devenu homme

retrouve,

au fond de lui,

celui

que le monde

n'a jamais réussi

à faire disparaître.

dimanche

La géométrie du ciel

 
Peu importe la géométrie du ciel,
les anges ont déserté leurs visages.

Face au buste géant
taillé dans le marbre de Carrare,
mon effigie de plâtre
s'effrite lentement.

À mille lieues de nulle part,
elle livre au vent
les éclats d'une légende fragile.

La libellule taille l'éphémère.

Le ciseau fend l'air.

Toute beauté naît d'une fêlure.

Aucune géométrie ne recueille les larmes.

Blâmons les années,
leurs poudres d'apparence,
leurs miroirs sans mémoire,
leurs façades où la pierre
apprend peu à peu à tomber.

Les heures emportent
les dernières braises
restées sur nos lèvres.

Le silence polit les baisers disparus
comme la mer polit les galets
abandonnés sur la rive.

Blâmons l'effondrement de l'amour,
ses cheveux mêlés de nuit et de neige,
ses mains froides cherchant encore
une chaleur sous les cendres.

Mais bénissons la musique du cœur.

Un fil invisible
cherche son autre rive.

Une eau claire traverse la pierre,
creuse son chemin sans la briser.

Je bois l'eau de nos peurs
jusqu'à ce qu'elle devienne source. 

Une larme au bord de tes yeux
relève un corps
courbé par les saisons.

L'amour ne combat plus la mort.

Il dépose simplement
une fleur dans sa main.

À la lisière de mes rêves,
là où les ombres gardent encore
la mémoire de nos visages,
je demeure celui
qui protège le papillon
contre le vent des hivers.

Brisons enfin
les miroirs de la jalousie,
les paroles meurtrières,
les colères qui gravent
leurs cicatrices dans nos âmes.

La chair n'est pas une prison.

Elle est l'atelier secret
où deux souffles se cherchent,
où deux voix apprennent
une langue sans blessures.

Lorsque tes lèvres rencontrent les miennes,
le monde suspend son dernier bruit.

Même la nuit pose son arme
au pied de notre tendresse.

Alors tu m'écris
avec ta propre langue :

« Ce qui demeure,
c'est le courage
d'aimer. »

Peu importe
la géométrie des mots.

Aimons-nous.

Pianissimo.

Lorsque la nuit abandonne ses armures,
le jour ne vient pas vaincre l'obscurité.
Il pose une main de lumière
sur la statue brisée.

Et dans cette fissure ouverte,
là où la pierre croyait mourir,
naît enfin
notre vrai visage.

jeudi

Un peu de vie

 
Le fantôme ne boit pas
d’eau de rose,
ni d’eau bénite.
Il boit seulement
de l’eau-de-vie.

Depuis qu’il a quitté son corps,
il a gardé ses anciennes habitudes :
les nuits trop longues,
les verres trop pleins,
les regrets frappant aux portes
de sa mémoire
comme des facteurs ivres.

Après une soirée sans étoiles,
sans berger pour lui montrer le nord,
il traverse une ville endormie.
Les réverbères
ressemblent à des cierges fatigués.
Son visage
n’habite plus la lumière.

Dans ses yeux naufragés
dorment deux coquilles de noix
échouées sur les griffes du Tigre,
deux petits ports abandonnés
où meurent encore
quelques tempêtes.

Dans une flaque de nuit,
il aperçoit des poissons-lunes.

Ils nagent
dans l'alcool renversé.

Leurs nageoires brillent
comme des morceaux
de lune cassée.


L’un d’eux murmure :

— Nous cherchons encore
la mer
qui existait
avant les larmes.

Le fantôme continue.

Au milieu d’un désert
sans sable,
il rencontre un zombi.

Il porte
un tapis rouge
encore chaud,
une djellaba
brodée de dents d'or.

Entre ses lèvres,
un vieux mensonge
respire.

Il sourit :

— J’ai toujours vendu
des soleils
avant les incendies.

Le fantôme baisse les yeux.

Il connaît cette voix.

Celle qui promet des jardins
avant d’ouvrir des fosses.

Alors arrive le passeur.

Debout sur un vieux char japonais,
il tient une corde tendue
entre deux nuages.

— Marche dessus.
Prouve que tu es encore vivant.

Le fantôme regarde la corde.
Elle tremble.
Des ombres minuscules
y dansent
comme des araignées de lumière.

Il sourit :

— Une corde
ne mène pas toujours au ciel.
Parfois,
elle apprend seulement
à tomber.

Le passeur disparaît.

Plus loin,
sous un arbre noir,
une sculpture de métal attend.

Dans son ventre d'acier
s'empilent
des cuillères,
des casseroles,
des cuisines disparues.

Le métal
se souvient des mains.

Le métal garde encore
la mémoire des mains.

Le chien aboie.

Le fantôme se retourne.

Il attend
quelque chose.

C'est le facteur.

Une lettre
depuis vingt ans.

Le fantôme
ne l'ouvre pas.

Dans un vieux buffet abandonné,
il trouve une petite cuillère d’argent,
oubliée
par les vivants
entre la poussière
et le silence.

Il la prend.

La place dans le réfrigérateur.

Le froid travaille.

Il attend.

Sans remplir son verre,
il ressort la cuillère.

La pose
contre ses yeux.

Longtemps.

Le froid traverse
sa peau absente.

Puis il sourit,
comme si quelque chose,
très loin,
avait enfin
retrouvé son chemin.

À l’aube,
près d’un vieux cyprès,
les cigales chantent.

Quelques-unes portent encore
la nuit sur leurs épaules.

D’autres rient
dans une langue
que les morts semblent comprendre.

Le fantôme regarde son verre.

Longuement.

Puis il le pose.

Il ne boit pas
d'eau de rose,
ni d'eau bénite.

Il boit encore
de l'eau-de-vie.

Mais ce soir,
dans le silence,

le verre
ne se vide pas.

Il s'éclaire.

lundi

Les vagues ne photographient personne

 
 Coup de fatigue.

Coup de gueule.

Entre la trace et le souffle,
une créature se meut autrement
qu'un être humain.

Elle marche.

Elle court.

S'agenouille,
comme si la terre
la reconnaissait.

Je l'aime
parce qu'elle est différente.

Dans la fournaise,
il ne s'agit pas de rire,
mais de recueillir
ce qui brûle encore.

Alors je ne regarde pas en voyeur.

Une chair offerte au monde
n'est pas un spectacle.

Le geste d'une main tendue
ouvre un espace.

La paume rejoint une autre paume.

La matière rejoint le sublime.

J'ose contempler ces corps
portés par la mer,
comme une grâce
venue d'ailleurs.

Puis surgit un homme.

Il lève son téléphone.

Son regard
se fixe sur l'écran.

Il déclenche.

Le visage s'efface.

Il ne reste
qu'une image.

La souffrance.

La violence.

L'indifférence.

Un « j'aime » pour l'un.

Un billet pour l'autre.

Les vagues
continuent d'aller
vers la rive.

Personne
ne les photographie.

Le silence
recouvre les épaules
des vivants.

Une main
demeure ouverte.

Longtemps.

J'y dépose
mes mots.

 

vendredi

Miettes sauvages

 
Inutile de prendre des coups
pour ressentir la douleur.

La foule porte encore les stigmates
des corbeaux
qui fondaient droit sur elle
un jour de fête.

Adossé à la baie du monde,
j'ai dispersé les miettes
et changé
pour ne plus être
une cible,
mais un phare.

Partir rejoindre
la Promenade des Anges,
comme un heimatlos,
face à l'immonde.

Toujours là
où se gangrène la douleur,
à chaque drame qui s'invite,
où l'aspiration m'arrache
à l'énergie crucifiée
de mes plus fidèles convictions.

Au pied de stèles inconnues,
après le choc,
reprendre la parole,
au-delà de la brume meurtrière
qui cristallise nos êtres,
pour vivre des nuits douces,
sans armes sous le manteau.

Malgré la gravité
voguent les cristaux.

Tendres vertiges,
l'équilibre est primordial.

Comment survivre,
le cœur entre deux continents,
sur cette sphère obèse
où une poignée serre le monde.

Outlaw face à l'éternel,

amour,

déchire la fin.

mercredi

La porte entrouverte

 
 Il est des jours
où les mots frappent à la vitre
comme des oiseaux perdus.
Je baisse les yeux.
La feuille blanche attend.
L'horloge rumine les heures,
et le café refroidit
dans sa tasse ébréchée.
 
Je pourrais refermer le cahier,
laisser le silence
déposer sa fine poussière
au fond de ma poitrine.

Pourtant,
je prends le stylo.

Au bord d'une flaque,
une libellule suspend le matin.
Ses ailes recueillent
un éclat de ciel,
si léger
que même le vent
semble retenir son souffle.

Il suffit
d'une herbe qui frissonne,
d'un cercle
qui s'élargit dans l'eau,
de l'ombre d'une feuille
qui glisse sur une pierre,
du chant d'une mésange
entre deux branches,
pour que le monde
oublie un instant
de courir après lui-même.

Alors je cherche
ceux
qui rentraient
avec l'odeur de la résine
accrochée à leurs manches,
les paumes tachées de myrtilles,
des morceaux de nuages
plein les yeux,
ceux qui connaissaient
les chemins avant les rues,
qui bâtissaient des royaumes
dans une souche creuse,
et croyaient
qu'une branche assez haute
pouvait toucher le ciel.

Où sont-ils passés ?

Je croise des visages
éclairés par une lumière bleue,
des doigts
qui glissent
sur des vitres sans poussière,
des pas
qui suivent
des itinéraires
dessinés bien avant eux.

Pourtant,
il reste
quelqu'un
qui suspend son pas
au chant d'un merle,
une femme
qui ferme les yeux
pour accueillir
l'odeur de la pluie,
un vieil homme
qui sourit
devant un pissenlit
éparpillant ses étoiles,
un enfant
qui éclate de rire
en regardant un escargot
traverser le chemin
avec toute l'éternité devant lui.

Ce sont eux
qui empêchent les fenêtres
de devenir des murs,
qui entretiennent
une braise discrète
sous les cendres des habitudes,
qui rappellent
que la beauté laisse simplement
une empreinte de pollen
sur la manche du passant.

Alors j'écris.
Non pour convaincre.
Seulement
pour laisser la porte entrouverte,
afin que demain,
une libellule
franchisse le seuil,
dépose sur la table
une goutte de lumière,
et rappelle,
qu'il suffit parfois
d'une aile transparente
pour que toute la journée
change de couleur.

dimanche

La pluie se souvient de son nom

 
Mon petit doigt écoute Capharnaüm.

L'indicible change de peau
sous les paupières du temps.

Dieu lui-même
oublie parfois son propre silence.

Alors je fais fi de la pesanteur.

Je sauve la couleur
avant qu'elle ne tombe des choses.

Mon cœur apprend la nage
dans une rivière sans eau.

Demain est une rive
qui recule à mesure qu'on l'approche.

Ne regarde pas la porte de fer.

La rouille est une mémoire lente.

Les alliances y dorment encore,
deux soleils éteints
dans la poche de l'hiver.

J'ai la tête qui s'échappe
par les fissures du vent.

Mes pieds cultivent la boue.

J'y récolte des racines de ciel.

Quelqu'un assaisonne nos assiettes
avec la cendre des paroles.

Les langues deviennent des serpents
qui muent dans nos bouches.

Le trou noir veille.

Il garde les cadavres lumineux,
ces étoiles qui continuent
à mourir vers nous.

Les philosophes ont quitté leurs chaises.

Leurs ombres discutent encore
dans les bibliothèques désertes,
pendant que le vacarme
se couronne lui-même.

Je vous salue, Marie.
Je vous salue, Sarah.
Je vous salue, Leïla.
Je vous salue, Aya.

Quatre prénoms
pour une seule respiration.

Le monde découpe ses frontières
avec des ciseaux de lumière.

Les blessures apprennent la géographie.

Les enfants, eux,
dessinent des portes.

Mon petit doigt écoute.

Il n'a plus besoin de main.

Il marche seul
vers l'endroit où le miroir
oublie le visage.

Souviens-toi.

La mer ne ronge pas les falaises.

Elle polit le temps.

Le sel ouvre les pierres
comme on ouvre un fruit.

L'homme y découvre enfin
une graine de liberté. 

Il la sème dans la pluie.

Et la pluie, cette fois,
se souvient de son nom.

samedi

La vague efface la nuit

 
Je m'évade par une fenêtre de toit,
sous la veille blanche d'un astre,
accompagné d'un sphinx de liseron.

Je flotte au-dessus de la chaleur
des tuiles romanes,
où les moustiques célèbrent
leur minuscule sabbat,
entre la lune suspendue
et les étoiles immobiles.

Une chauve-souris,
dans son vol d'encre furtive,
brode une mélodie d'ombre
sur le silence des poutres.

Un ange sommeille encore
dans le bois ancien du plafond.

Les chats,
toutes griffes dehors,
bondissent sur la banquette,
avec cette indifférence souveraine
de ceux qui ignorent
qu'ils possèdent le monde.

Le temps retient son battement.

Puis l'aube déchire le songe.

À l'oreille d'un homme perdu,
un camion-poubelle traverse la lumière naissante,
emportant les restes de la veille,
tandis que la route exhale
sa première haleine de chaleur.

Déjà paraissent les silhouettes pressées,
les vélos électriques passent sans bruit,
comme si le bitume encore brûlant
gardait sous sa peau
la mémoire du soleil.

La plage n'appartient plus
à la mer,
ni aux goélands,
ni aux marées absentes.

Le sable recueille
les offrandes oubliées des hommes :
quelques mégots,
quelques empreintes sans nom.

Mais au loin,
une vague revient respirer.

Elle efface lentement
ce que la nuit
avait confié au rivage.

Veilleuse de lune

  
Un léger mouvement de lèvres.
 
Quatre lettres attendent derrière les dents.
 
La cuillère rattrapée au vol.
 
Mes nouilles refroidissent sous la lumière blanche de la cuisine.
 
Je suis assis seul, 
le bol devant moi, 
à regarder la vapeur disparaître 
comme si elle avait changé d’avis.
 
Je regarde la LUNE avec mon œil droit.
 
Depuis des mois, 
une tache minuscule habite le même endroit.
 
Chaque soir, 
avant d’éteindre la lumière de la salle de bain, 
je soulève doucement ma paupière du bout du doigt.
Le même geste.
La même vérification.
 
Le dermatologue a dit :
« Surveillez-la. »
 
Alors je l’ai confiée à la LUNE.
 
Je lui ai dit :
« Garde-la pour moi quand je ne regarderai plus. »
 
Elle n’a pas répondu.
 Elle ne bouge pas.
 Elle ne cligne pas.
 
Elle tient sa place dans le désordre des choses.
 
Satellite immobile.
 
Fidèle sans effort.
 
Quand tout vacille, elle continue simplement d’être là.
 
Je lui parle parfois :
« Tu devrais prendre des vacances au soleil. »
 
Mais elle reste. 
Pleine ou absente.
Croissante ou brisée.
Toujours occupée à commencer ou à finir.
 
Elle m’apprend l’heure sans montre.
 
La patience sans leçon.
Parfois, j’ai l’impression qu’elle porte la nuit 
comme ma grand-mère portait son verre d’eau jusqu’à sa chambre :
avec lenteur,
avec les deux mains,
avec cette attention silencieuse 
de ceux qui savent que certaines choses fragiles 
ne doivent pas tomber.
 
Alors j’attends avec elle.
 
Dans le fond de mon œil, 
des libellules traversent le ciel intérieur.
 
Elles passent sans message, sans destination, 
avec la légèreté des choses qui n’ont rien à prouver.
 
Certaines présences demeurent.
Certaines lumières reviennent.
 Certaines peurs finissent par s’user 
lorsqu’on cesse de courir derrière elles.
 
Au matin, la LUNE disparaîtra derrière le jour.
 
La tache sera encore là. 
Les libellules aussi.
Je rangerai ma tasse dans l’évier.
Je répondrai à quelques messages.
Je sortirai peut-être acheter du pain.
 
Le monde continuera avec ses petites urgences 
et ses grandes disparitions.
 
Et quelque chose, 
entre mon regard et ce qui est regardé, 
continuera de flotter.
 
Pas une réponse.
Pas une promesse.
 
Seulement une présence minuscule, 
silencieuse, 
qui restera là encore un moment.
Comme une phrase que le vent efface lentement, 
mais qu’il n’arrive jamais tout à fait à terminer.
 
Le soir suivant, 
je regarderai encore la LUNE avec mon œil droit.
 
La tache sera toujours là.
 
Et pour la première fois, peut-être,
cela me rassurera.

lundi

L'ombre s'amuse

Tantôt espiègle, tantôt sage,
mon ombre s’amuse.

Elle traverse le chant des cigales,
sous les ailes caniculaires de l’errance.

Là, la fleur encore fraîche habille mes yeux de couleurs franches
et dépose à mes narines son nectar sirupeux.
Sur ma langue affleure un désir sans nom.

Les oiseaux piquent le ciel.

La chantepleure fait chanter son bronze.
Chaque goutte creuse le silence.

Le temps s’enracine dans les aiguilles des pins.

La chaise longue épouse de nouveau le creux de mon absence.

Alors je m’efface.

Je rejoins le cimetière des ombres,
où je laboure mes feuilles blanches.

J’y plie une cocotte dans un papier vert,
comme on confie un vœu au vent.

Peut-être une ombre y prendra naissance,
assez légère pour revenir
avec un poème
d’amour
et d’écologie.

Je n’ajoute rien.

Le silence connaît la suite.

Et tant que mon ombre continuera de jouer,
la rose des vents au milieu des cigales,
mon cœur retrouvera toujours
le chemin.


*

Version 4


Tantôt espiègle, tantôt sage,

mon ombre s'amuse.

Elle traverse le chant des cigales

sous les ailes caniculaires de l'errance.

Là, une fleur encore fraîche

habille mes yeux de couleurs franches

et dépose à mes narines

son parfum de miel sauvage.

Sur ma langue affleure

un désir sans nom.

Les oiseaux piquent le ciel

comme pour en sonder la profondeur.

La chantepleure

fait chanter son bronze.

Chaque goutte

creuse le silence.

Le temps,

couturier invisible,

coud les heures à la lumière.

La chaise longue

épouse de nouveau

le creux de mon absence.

Alors je m'efface.

Je rejoins

le cimetière des ombres,

où je laboure

mes feuilles blanches.

J'y plie une cocotte

dans un papier vert,

comme on confie un vœu au vent.

Peut-être une ombre

y prendra naissance,

assez légère pour revenir

avec un poème

où les arbres respirent encore,

où les abeilles retrouvent leurs fleurs,

où l'amour apprend

le langage des saisons

et où la terre se souvient

qu'elle n'est vivante

que sous les pas de ceux qui l'aiment.

Je n'ajoute rien.

Le silence connaît la suite.

Et tant que mon ombre

continuera de jouer

parmi les cigales,

sous la rose des vents,

mon cœur retrouvera toujours

le chemin de la lumière.


Version 5


Tantôt espiègle, tantôt sage,

mon ombre s'amuse.

Elle traverse le chant des cigales

sous la chaleur vacillante des chemins.

Là, une fleur encore fraîche

habille mes yeux de couleurs franches

et dépose à mes narines

son parfum de miel sauvage.

Sur ma langue affleure

un désir sans nom.

Les oiseaux piquent le ciel

comme pour en sonder la profondeur.

La chantepleure

fait chanter son bronze.

Chaque goutte

creuse le silence.

Le temps,

couturier invisible,

coud les heures à la lumière.

La chaise longue

épouse de nouveau

le creux de mon absence.

Alors je m'efface.

Je rejoins

le cimetière des ombres,

où je laboure

mes feuilles blanches.

J'y dépose

un pli de papier vert,

comme on confie un vœu au vent.

Peut-être une ombre

y prendra naissance,

assez légère pour revenir

avec un poème

où les arbres respirent encore,

où les abeilles retrouvent leurs fleurs,

où l'amour apprend

le langage des saisons

et où la terre se souvient

qu'elle n'est vivante

que sous les pas de ceux qui l'aiment.

Je laisse au vent

l'encre de mes silences.

Le reste appartient

aux racines de la lumière.

Et tant que mon ombre

continuera de jouer

parmi les cigales,

sous la rose des vents,

mon cœur retrouvera toujours

le chemin de la lumière.

 

Version chanson


Tantôt espiègle, tantôt sage,
mon ombre s'amuse.

Elle glisse au chant des cigales,
sous les ailes de l'errance.

La fleur, encore fraîche,
habille mes yeux de couleurs franches,
offre à mes narines son parfum de miel.

Ma langue laisse éclore un désir sans nom.


Tant que mon ombre s'amuse,
je suivrai le vent.
Tant que mon ombre s'amuse,
je vivrai pleinement.

Tant que mon ombre s'amuse,
je marcherai vers la lumière ;
mon cœur ouvre le chemin,
et le vent devient prière.


Les oiseaux piquent le ciel,
comme pour en sonder la profondeur.

La chantepleure fait résonner son bronze ;
chaque goutte élargit le silence.

Le temps, couturier invisible,
coud les heures à la lumière.

La chaise longue
garde encore le creux de mon absence.


Tant que mon ombre s'amuse,
je suivrai le vent.
Tant que mon ombre s'amuse,
je vivrai pleinement.

Tant que mon ombre s'amuse,
je marcherai vers la lumière ;
mon cœur ouvre le chemin,
et le vent devient prière. 


Je rejoins le cimetière des ombres.

J'y laboure mes feuilles blanches,
comme on prépare un printemps.

Je façonne une cocotte
dans un papier vert,
fragile promesse d'avenir.

Je plante mes silences
pour récolter des oiseaux.

Peut-être renaîtra une ombre,
assez légère pour porter
un poème d'amour et d'écologie.

Les mots savent parfois s'effacer
pour laisser grandir la lumière.

Alors je laisse
le silence achever la chanson.


Tant que mon ombre s'amuse,
je suivrai le vent.
Tant que mon ombre s'amuse,
je vivrai pleinement.

Et lorsque viendra le soir,
dans le silence des vivants,
mon ombre ouvrira le chemin
que connaît déjà le vent.



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A comme Amour Recueil 22

A comme Amour Recueil 23

La langue des ailes

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