Elle vit en cachette
dans un monde parallèle
où ses doutes
se sont changés en convictions,
où l’amour de l’invisible
se love chaque nuit
dans la calligraphie
de ses cheveux auburn,
flottant sur l’étang imparfait
de ses songes éphémères.
Je l’aime.
Et pourtant,
j’ai tant voulu partir.
Mais j’ai peur.
Une voix intérieure, pusillanime,
me murmure :
« Laisse faire…
tout ira bien. »
Alors elle frappe
contre le miroir vital,
baroque et ploutocrate,
où toutes les voix basses,
venues d’ailleurs,
indomptables,
se cognent encore sans bruit
et se mettent en danger.
Dans cette jungle
d’ailes et de cris,
j’ai attrapé la fièvre.
Alors j’ai écrit.
Seul dans l’écriture,
j’ai traversé le noir et le blanc,
les couleurs,
le calme et les tempêtes,
l’injustice et le mépris,
les saloperies ordinaires de la vie
et celles qui portent un nom
La libellule, elle aussi,
a cherché des réponses.
Elle a longtemps marché
sur cette ligne étroite
entre ce qui brûle
et ce qui apaise.
On n’écrit pas de la poésie
pour oublier ses blessures.
On y entre avec elles,
dans les poches,
avec ses fantômes sous la langue
et cette étrange manie
de donner un prénom
à ce qui nous fait mal.
Puis quelque chose
a cessé de résister.
là où les contraires
apprennent enfin
à se tenir
sans se détruire.
Et nous avons rejoint les autres,
sur ces forums d’écriture
où chacun dépose
un morceau de sa nuit.
Nous cherchions chez les autres,
sans arrière-pensée,
ce que nous ne savions plus
trouver chez nous.
Un mot.
Une lumière.
Une fissure.
Parfois même,
un miroir.
Peu à peu,
nous avons compris :
le monde ne nous attendait pas.
Il se métamorphosait.
Il fallait pourtant
y prendre place.
Alors une autre voix intérieure
est venue nous rappeler :
« La sincérité
et l’amour avant tout… »
Mais les syllabes folles
se révoltent encore.
Elles viennent de l’extérieur,
déconnectées, indociles,
chargées de leurs vieilles colères
et de leurs certitudes sans fenêtres.
Elles se révolteront toujours.
Qu’elles se révoltent.
La porte est ouverte.
Entrez si vous voulez.
La lune est là,
quelque part
par-delà les notes.
Et la libellule, enfin,
n’a plus besoin de fuir.
Elle sait désormais
que les ailes fragiles
ne sont pas faites
pour éviter la nuit,

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