Je me déshabille
et glisse contre les parois humides
de ses os.
Des feuilles de papier jonchent le sol,
se recroquevillent autour des mots,
des mots que ma plume
répète en elle.
La fureur efface ses contours.
Dans son regard d’encre,
les pupilles dilatées
attirent encore
mon sujet.
Une nouvelle nuit étoilée
succombe à la noirceur du jour.
Le lac ressemble à la mer.
Son ombre délimite
la frontière du réel
et s’invite dans l’alcôve.
Mon sang se fige.
Impassible,
elle s’empare de ma plume.
Sous ses yeux noirs,
grands ouverts,
d’un geste,
je lui ouvre
l’envol qu’elle attendait.
Je déroule à ses pieds
un parchemin blanc,
un champ poudré de givre
où chaque mot
attend son printemps.
Elle écoute
le battement de ses ailes.
Puis le silence
l’emporte.
Une dernière bouffée.
Puis elle rassemble ses bagages
et laisse à ma plume
son dernier frémissement.
Elle rejoint le ciel
dans un vertige d’encre.

Bo jour, c'est surtout un poème sur la frontière poreuse entre le réel et l'imaginaire, où l'acte d'écrire transforme progressivement une rencontre minuscule en scène presque mythologique. Le titre « La frontière du réel » est donc particulièrement juste.
RépondreSupprimerEn profondeur, je le lis comme un poème sur la création : le poète séduit son sujet, lui prête des émotions humaines, puis l’écriture lui survit lorsque le sujet disparaît.
RépondreSupprimerCe que la nuit écrit sera vite oublié avec l'aurore à venir.
RépondreSupprimerDes passages très joliment décrits.
Merci
ODE
La nuit écrit peut-être ce que l’aurore efface… mais certains silences restent longtemps en nous. Merci
SupprimerTon style, poème-fleuve ou vers-rivière, me plaît beaucoup et la nuit t'inspire des lignes envoûtantes.
RépondreSupprimerJ’aime cette idée de « vers-rivière » : laisser les mots couler, parfois dans la nuit, jusqu’à ce qu’ils trouvent leur lumière.
SupprimerMerci
Décidemment, j'aime la nuit qui tu portes et qui emporte. Et au final, sans plus "expliciter", ton univers qui s'écrit me plaît...
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SupprimerJ’aime lorsque la nuit porte les mots et les emporte, laissant au lecteur la liberté d’y trouver sa propre lumière. Merci
Bravo. Super beau poème. Merci
RépondreSupprimerMerci
SupprimerTon poème, comme beaucoup d'autres, recèle cette part de mystère qui sied tant à des univers bien personnels...
RépondreSupprimerOn y entre presque par effraction, il semble fragile, comme tout ce qui y vit, entre l'humidité et des regards (d'anges?), on est tout proche du rêve, cette contré onirique, où tout est irréel ou rien ne semble figé...
Lecture agréable...
Amitiés...
Hubi
Tu as parfaitement perçu cette frontière fragile entre le réel et le rêve, là où les mots deviennent parfois des portes entrouvertes sur un univers intime. Ravi que cette traversée t’ait été agréable.merci
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