Qui suis-je ?

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La poésie est une suspension du temps, une clarté fugitive posée sur le monde. Un puits sans fond où puiser, sans mesure, la palette entière des émotions humaines. J’essaie, sans reprendre la recette des éloges, d’écrire de la poésie — ou du moins de m’en approcher, de frôler ce qui, pour moi, en porte le nom. Je me love dans cette matière à la fois sibylline et mouvante. Sibylline, parce qu’elle me parle dans une langue étrange, souvent indéchiffrable. Mouvante, parce qu’elle m’échappe, indomptable, refusant toute maîtrise. À la hauteur de mes moyens, j’essaie simplement d’être celui que je choisis d’être : le témoin de ce qui m’habite et de ce qui m’entoure. Je ne suis rien de plus qu’un être en besoin d’expression, offrant ce que la vie consent à me laisser croire, ressentir et partager.

Vous trouverez sur ce blog toutes mes humeurs poétiques, de la poésie plus ou moins libre selon l'état d'esprit du moment...

« Une poésie n’est-elle pas le seul endroit au monde où deux âmes étrangères peuvent se croiser intimement. »

Si vous souhaitez lire l’essentiel, cliquez sur l’onglet « tous mes recueils en libre accès sous format PDF »

Les écrits et les illustrations numériques sont de ma plume. Certaines de mes illustrations utilisent des photos lors de mes montages graphiques dont j’ignore les auteurs ; je reste dans ce cas ouvert pour les indiquer. Il peut arriver aussi qu'un vers se glisse et qu'il ne m'appartienne pas, par pur hasard ou pas, je l'indique lorsque je pense qu'il en est nécessaire. En bas du blog, il y a les liens concernant ceux que j'aime suivre... Attention je ne tiens pas à jour tous les liens... Et souvenez vous que la poésie est une suspension qui éclaire le monde !

Toutes les fautes d'orthographes sont corrigées au fur et à mesure des rencontres... Et toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite

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jeudi

Un peu de vie

Le fantôme ne boit pas
d’eau de rose,
ni d’eau bénite.

Il boit seulement
de l’eau-de-vie.

Depuis qu’il a quitté son corps,
il a gardé ses anciennes habitudes :

les nuits trop longues,
les verres trop pleins,
les regrets frappant aux portes
de sa mémoire
comme des facteurs ivres.

Après une soirée sans étoiles,
sans berger pour lui montrer le nord,
il traverse une ville endormie.

Les réverbères
ressemblent à des cierges fatigués.

Son visage est pâle.

Dans ses yeux naufragés
dorment deux coquilles de noix
échouées sur les griffes du Tigre,

deux petits ports abandonnés
où meurent encore
quelques tempêtes.

Dans une flaque de nuit,
il aperçoit des poissons-lunes.

Ils nagent
dans l’alcool renversé
par les hommes pressés.

Leurs nageoires brillent
comme des morceaux
de lune cassée.

L’un d’eux murmure :

— Nous cherchons encore
la mer
qui existait
avant les larmes.

Le fantôme continue.

Au milieu d’un désert
sans sable,
il rencontre un zombi.

Il porte un tapis rouge
couleur colère,
une djellaba brodée
de dents d’or.

Entre ses lèvres sales,
un vieux mensonge
respire encore.

Il sourit :

— Le monde appartient
à ceux qui n’ont pas peur.

Le fantôme baisse les yeux.

Il connaît cette voix.

Celle qui promet des jardins
avant d’ouvrir des fosses.

Alors arrive le passeur.

Debout sur un vieux char japonais,
comme Ben-Hur perdu
dans une arène vide,

il tient une corde tendue
entre deux nuages.

— Marche dessus.
Prouve que tu es encore vivant.

Le fantôme regarde la corde.

Elle tremble.

Des ombres minuscules
y dansent
comme des araignées de lumière.

Il sourit :

— Une corde trop haute
ne mène pas toujours au ciel.
Parfois, elle apprend seulement
à tomber.

Le passeur disparaît.

Plus loin,
sous un arbre noir,
une sculpture de métal attend.

Dans son ventre d’acier
s’empilent

des cuillères,
des casseroles,
des fragments
de cuisines disparues.

Le métal garde encore
la mémoire des mains.

Le chien aboie.

Le fantôme se retourne.

Il attend quelque chose
qu’il a oublié d’espérer.

Mais c’est le facteur.

Il dépose une lettre.

Une lettre attendue
depuis vingt ans.

Le fantôme
ne l’ouvre pas.

Dans un vieux buffet abandonné,
il trouve une petite cuillère d’argent.

Oubliée
par les vivants.

Entre la poussière
et le silence.

Il la prend.

La place dans le réfrigérateur.

Le froid travaille.

Il attend.

Sans remplir son verre.

Il ressort la cuillère.

La pose contre ses yeux.

Longtemps.

Le froid traverse
sa peau absente.

Puis il sourit.

Comme si quelque chose,
très loin,

avait enfin
retrouvé son chemin.

À l’aube,

près d’un vieux cyprès,

les cigales chantent.

Quelques-unes portent encore
la nuit sur leurs épaules.

D’autres rient
dans une langue
que les morts semblent comprendre.

Le fantôme regarde son verre.

Longtemps.

Puis il le pose.

Il ne boit pas
d’eau de rose,
ni d’eau bénite.

Il boit encore
de l’eau-de-vie.

Mais ce soir,

dans le silence retrouvé,

il boit aussi

un peu de vie.

 

2 commentaires:

  1. Cigarillo al limonejuillet 24, 2026

    Un poème qui fourmille de formules pleines de superbe.

    Un quelque chose de sombre, de désabusé dans ce texte où l'on pourrait croire que tout s'écroule mais, il reste cette note d'espoir sur la fin. Acceptation ou dépassement? Qui sait...

    Moi, un poème qui m'a vraiment plu, à la croisée de différents auteurs dans ce qu'il m'a interpellé mais c'est tout personnel et un poème qui a ta patte, ta plume.

    Merci beaucoup de ce partage.

    Mes amitiés

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup pour ton regard si juste et sensible. Tu as saisi cette tension entre l'ombre et l'espérance. Que tu reconnaisses ma plume à travers ce texte me touche. Merci pour cette belle lecture et ce partage.

      Supprimer

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