Coup de gueule.
Entre la trace et le souffle,
une créature se meut autrement
qu'un être humain.
Elle marche.
Elle court.
S'agenouille,
comme si la terre
la reconnaissait.
Je l'aime
parce qu'elle est différente.
Dans la fournaise,
il ne s'agit pas de rire,
mais de recueillir
ce qui brûle encore.
Alors je ne regarde pas en voyeur.
Une chair offerte au monde
n'est pas un spectacle.
Le geste d'une main tendue
ouvre un espace.
La paume rejoint une autre paume.
La matière rejoint le sublime.
J'ose contempler ces corps
portés par la mer,
comme une grâce
venue d'ailleurs.
Puis surgit un homme.
Il lève son téléphone.
Son regard
se fixe sur l'écran.
Il déclenche.
Le visage s'efface.
Il ne reste
qu'une image.
La souffrance.
La violence.
L'indifférence.
Un « j'aime » pour l'un.
Un billet pour l'autre.
Les vagues
continuent d'aller
vers la rive.
Personne
ne les photographie.
Le silence
recouvre les épaules
des vivants.
Une main
demeure ouverte.
Longtemps.
J'y dépose
mes mots.

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