J’ai rencontré un lieu étrange :
Je l’ai traversée,
puis j’ai suivi ses ombres.
Elles glissaient devant moi,
silencieuses,
sur la mélodie lente
de la saison des pluies.
Après les brûlures de l’été,
la terre respirait.
Sous mes pas,
les brindilles craquaient,
réveillant des souvenirs
que je croyais perdus.
Des rets de lumière
suspendaient l’air.
Dans leurs mailles,
dansaient les insectes,
les pollens,
quelques poussières d’or.
Je ne savais plus
si je marchais
dans la forêt
ou dans ma mémoire.
Alors, le parfum
des fleurs sauvages
est venu jusqu’à moi,
comme une musique
sans instrument.
Dans le clair-obscur,
quelqu’un semblait attendre.
Deux yeux mordorés
ont rencontré les miens.
Rien n’a bougé.
Pourtant,
le silence
s’est mis à battre.
Ma mémoire gardera
le parfum de cet instant,
et cette main
qui s’est glissée dans la mienne,
avec la douceur
de ce qui ne demande
aucune promesse.
Depuis,
je sais que l’amour
ne tient presque à rien :
une lumière entre les feuilles,
un souffle,
une main dans une autre,
une goutte de rosée.
Il lui faut la force du vivant
pour naître,
s’épanouir
et, peut-être,
mourir en souriant.

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