
Déjà parti depuis plus de trente ans,
à peine soixante-deux ans,
l’âge où le repos du guerrier
est mérité.
Lui, l’altruiste déterminé,
au profil charismatique,
la cuirasse du Potemkine
toujours debout.
Né en mille neuf cent trente-trois,
au moment où le pouvoir
était pris par le fou du roi.
Bombardé.
Marqué.
La Résistance,
à l’âge de l’innocence,
un message codé
dans ses souliers
en toute insouciance.
Libéré,
puis appelé plus tard
à une barbarie
qui n’était ni la sienne
ni la nôtre.
De retour sans gloire,
sans un mot,
sans ses apôtres.
Puis le bon temps revient.
Les Trente Glorieuses.
Il part à l’assaut de ses rêves
et se pose un jour
à cet endroit
pour une longue trêve.
Perché sur ses montagnes rocheuses,
il découvre la rencontre,
le partage,
la famille,
l’amour.
Inspiré,
créatif,
enseignant,
rassembleur.
Pull rouge,
peau bronzée,
voix haute,
à l’écoute et raisonnée.
Passion et dévouement
pour sa vallée.
L’hiver enneigé,
la glisse et la joie.
Le printemps léger,
le repos et la joie.
L’été tiède,
la fête et la joie.
L’automne doré,
la marche et la joie.
Une vie remplie de joie.
Une vie donnée à cœur joie.
Et puis un jour,
entre le printemps et l’hiver,
tout est mis à terre.
En si peu de temps.
L’espoir sans le temps.
Le cancer arrive.
Ruiné,
mais fier.
Tu as tant offert.
En échange,
tu as reçu l’enfer.
Si l’autre créa l’homme,
il n’a pas créé
la justice,
l’égalité,
ni la dignité
face à la souffrance.
La dignité de s’éteindre
dignement,
au bon moment.
De partir en paix,
sans artificiel soulagement.
Rien ne l’apaisait.
Les migraines,
les douleurs articulaires,
le corps qui cède.
Même lui,
le dur à cuire,
se sentait partir
de jour en jour.
Son visage aminci,
sa peau rosée,
sa barbe naissante,
comme une dernière trace
de l’homme d’avant.
La mémoire perdue.
Le regard vert émeraude
qui disparaît.
Piqûres de survie.
Morphine.
Je réclame la vie.
Je réclame la délivrance.
Mais quand la vie
n’est plus que souffrance,
mouroir et inconscience,
je me fous du serment d’Hippocrate
et de ces manchots technocrates.
Alors je l’ai aidé
à partir.
Pour éviter le pire.
Pour ne pas le voir
devenir inerte,
cobaye d’une souffrance
qui n’était plus la sienne.
Je l’ai aidé
une dernière fois.
En tenant sa main.
Une main fébrile
dans la mienne.
Je ne regrette rien.
Mais avec chagrin
je porte encore
cette sordide histoire
sans fin.
À toi,
mon père,
à qui je n’ai jamais dit
« je t’aime »
de ton vivant,
même si nos regards
parlaient suffisamment.
Je veux te dire
à quel point tu me manques
aujourd’hui.
C’est pour cela
que je t’écris,
sans détour.
Tu m’as donné
la force,
la beauté,
l’intelligence
et la raison.
Je te remercie,
toi,
mon père,
mon Pygmalion.
Je te souhaite
une bonne journée,
à cette occasion.
À toi,
l’homme de toutes les situations,
avec Vivaldi
et les Quatre Saisons.
Joyeux sur ta constellation.
C’est en pleurs,
comme d’habitude,
que je termine cet hommage
avec une certitude :
tes petits-fils te regardent.
Qu’ils prennent garde.
Qu’ils gardent de toi
cette éthique
qui commande de respecter la vie.
La vie des autres.
Tout simplement,
la vie.

c'est superbement beau .. tu lui as fais un superbe hommage ...
RépondreSupprimeret je suis certaine qu'il est fier de toi et bien entendu il sait que tu l'aimes ....
bb.
quel hommage à ton père!!!
RépondreSupprimertant d'amour ! tant d'admiration !!
merci pour le partage et de nous avoir permis de connaître un père pas comme les autres
c'est triste mais tellement empreint d'amour!
merci
Saby
Cher James matis, j'ai lu avec beaucoup d'émotion tous ces vers poétiques qui contiennent tant de souvenirs de joie et de souffrances....
RépondreSupprimerHélas, le cancer est une maladie sournoise coupable de tellement de malheurs, maladie dont moi-même j'en suis atteint, mais actuellement en rémission depuis 2006... j'ai eu peut être, plus de chance, du moins pour le moment, que ton père....
Tous simplement, merci pour lui avoir parlé à travers ton poème ....
sincères amitiés
Pierre
Un poème très touchant.
RépondreSupprimerj'ai lu et même relu ce poème en hommage à ton père, patriarche de nos souvenirs, l'emblème de la fierté et de la reconnaissance que tu prouves par cet excellent poème, avec une simple impression de l'avoir connu après cette lecture transpirant tellement l'amour...Même si tu ne lui à jamais dit que tu l'aime, il doit sûrement le savoir à présent.. Et puis les paroles n'ont pas besoin d'être dites parfois, un regard suffit...
RépondreSupprimerTrès bel hommage
Sélénaé
J'ai eu les larme aux paupières, j'avoue. Très bel hommage à cet homme. Il faut oublier le tunnel qu'est la maladie, ne se rappeler seulement le soleil sur le visage, la force, la beauté, tout ce qui fait la vraie splendeur du Père.
RépondreSupprimerJ'ai perdu le mien voilà bientôt 14 ans.
Aude
Un très bel hommage à un père magnifié par ce poème.
RépondreSupprimerComme le disent les précédents post, pas besoin de mots pour exprimer qu’on aime, les gestes suffisent et toi tu as fait l’ultime et le plus difficile qui soit avec beaucoup de courage et d’amour pour le délivrer de sa souffrance.
Je suis très touchée de ma lecture.
Amitiés.
LA DEMONE
Saby .... j’aime passer du coq à l’âne alors quand viens-tu me présenter la danse du ventre .. . Merci pour ton passage émotif...
RépondreSupprimerClovis 67 … si Clovis 1 en embrassant la religion chrétienne il fonda la monarchie Française en 496… En 2009, Clovis 67 le roi au grand cœur, le centenaire bien veillant … Merci et que votre rémission vous porte le plus loin possible pour vous et pour ceux que vous aimer
Opium …. Merci pour votre sensibilité !
Sélénaé … Je te rassure un jour tu goûteras aux fruits défendus … En attendant merci pour ton passage réitérant !
Aude …. J'ai eu les larmes aux paupières … sèche tes larmes … Merci dame au grand coeur !
Démone …. Oui j’ai vécu à cet instant la décision à prendre la plus difficile de ma vie … celle d’ôter la vie … mais pour éviter l’horreur … Merci pour ta sensibilité à fleur de peau …
C'est magnifique un très bel hommage.
RépondreSupprimerLa maladie fait surface dans beaucoup de coeurs et les percent énormément du haut de mes 15 ans j'ai déjà vécut sa et je trouve sa horrible.
Ce poème est émouvant vraiment
très jolie lettre poétique pour ton papa je pense qu'il serais fier de toi
RépondreSupprimerUn hommage à un père qu'on sent comme un personnage humain, et juste...sa fin n'en est que plus injuste, et on imagine que ta douleur a du être partagée par d'autres !
RépondreSupprimerAu delà de ton histoire personnelle, il y a des références au fait d'aider à mourir quand la souffrance est trop forte, qui prennent un certaine écho à l'heure des débats sur l'euthanasie.
j'ai été très touché par tes vers en tout cas, et je ne suis pas le seul !
amicalement.
pyc.
des mots de fils ... où le père est l'emblème de force et d'amour !!
RépondreSupprimerchavirée par ces vérités et ces troubles qui bousculent souvent vos jours!
merci
Idou
Quel bel hommage à ton père
RépondreSupprimerJ'aurai moi aussi aimé faire un hommage à mon père mais je n'ai jamais su qui il était....
Excellent poème tu as vraiment du talent !!
Soso
Emue jusqu aux larmes ...Dans votre malheur je vous envie........parce que j aurais aimé tenir la main de mon père....
RépondreSupprimer"Tu m'as donné la force, la beauté,l'intelligence et la raison......" Bel héritage .!!!...