les décibels,
les verres,
et même les bouchons
pour protéger les oreilles.
Tout était prêt.
Il ne manquait plus
que la musique.
Et quelqu’un,
dans l’ombre des prises,
avait oublié
de brancher la liberté.
Alors on a débranché Barbara.
Pas par décision.
Non.
Par « éléments contextuels ».
Un drôle de mot
qui ressemble à une porte fermée
sans serrure ni poignée.
Un mot propre,
repassé,
administratif,
qui permet de cacher
la main qui tourne la clé.
La liberté, désormais,
parle comme un formulaire.
« Circonstances particulières. »
« Configuration du lieu. »
« Conditions de sécurité. »
Des mots en costume
venus s’asseoir
au milieu des amplis.
On aurait presque oublié
qu’il ne s’agissait
que d’une scène.
Trois artistes devaient jouer.
Trois.
Et pourtant
une seule platine
semblait capable
de faire trembler les murs.
Pas une bombe.
Pas un incendie.
Une musique.
Alors les uns
ont brandi la victoire,
les autres
la capitulation,
et les claviers se sont mis
à crépiter dans la nuit.
X a grondé.
Les chaînes ont parlé.
Les communiqués
ont poussé comme des mauvaises herbes
sur les écrans.
Chacun venait sauver
la liberté de l’autre,
à condition, bien sûr,
qu’elle parle
avec son propre accent.
Et Barbara ?
Barbara attendait.
Elle n’avait pas de manifeste.
Pas de drapeau.
Pas de chaise réservée
au premier rang.
Elle voulait seulement
poser ses mains
sur une platine
et laisser la nuit
faire son travail.
Quel étrange pays
où l’on ferme une porte
au nom de la liberté,
puis où l’on vient, dehors,
chanter très fort
qu’on l’a défendue.
On éteint la musique
pour éviter le bruit.
Puis on allume les écrans
pour célébrer le silence.
La France aime les grands mots.
Elle les accroche aux murs
comme de vieux tableaux :
Liberté.
Égalité.
Fraternité.
Puis elle baisse la voix :
Silence, s’il vous plaît.
La sécurité veille.
La morale surveille.
Le boycott s’assoit.
La politique prend place
au premier rang.
Et la musique ?
Elle attend dans le couloir
avec son manteau.
On lui demande :
— Vous êtes avec qui ?
Elle hausse les épaules :
— Avec personne.
Alors on lui ferme la porte.
Car une musique
qui n’appartient à personne
est peut-être devenue
la plus suspecte de toutes.
Pendant ce temps,
les platines prennent la poussière.
Les câbles pendent
comme des racines mortes.
Les projecteurs éclairent
une scène vide.
Et quelque part,
dans un tiroir de la République,
on cherche encore
le bouton de la liberté.
Quelqu’un demande :
— Il est où ?
Personne ne répond.
La lumière clignote.
La salle se tait.
Et la musique,
dans le couloir,
attend toujours.
Mais surtout,
ne faites pas de bruit.
Il paraît
que la liberté
pourrait se réveiller.

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