Qui suis-je ?

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La poésie est une suspension du temps, une clarté fugitive posée sur le monde. Un puits sans fond où puiser, sans mesure, la palette entière des émotions humaines. J’essaie, sans reprendre la recette des éloges, d’écrire de la poésie — ou du moins de m’en approcher, de frôler ce qui, pour moi, en porte le nom. Je me love dans cette matière à la fois sibylline et mouvante. Sibylline, parce qu’elle me parle dans une langue étrange, souvent indéchiffrable. Mouvante, parce qu’elle m’échappe, indomptable, refusant toute maîtrise. À la hauteur de mes moyens, j’essaie simplement d’être celui que je choisis d’être : le témoin de ce qui m’habite et de ce qui m’entoure. Je ne suis rien de plus qu’un être en besoin d’expression, offrant ce que la vie consent à me laisser croire, ressentir et partager.

Vous trouverez sur ce blog toutes mes humeurs poétiques, de la poésie plus ou moins libre selon l'état d'esprit du moment...

« Une poésie n’est-elle pas le seul endroit au monde où deux âmes étrangères peuvent se croiser intimement. »

Si vous souhaitez lire l’essentiel, cliquez sur l’onglet « tous mes recueils en libre accès sous format PDF »

Les écrits et les illustrations numériques sont de ma plume. Certaines de mes illustrations utilisent des photos lors de mes montages graphiques dont j’ignore les auteurs ; je reste dans ce cas ouvert pour les indiquer. Il peut arriver aussi qu'un vers se glisse et qu'il ne m'appartienne pas, par pur hasard ou pas, je l'indique lorsque je pense qu'il en est nécessaire. En bas du blog, il y a les liens concernant ceux que j'aime suivre... Attention je ne tiens pas à jour tous les liens... Et souvenez vous que la poésie est une suspension qui éclaire le monde !

Toutes les fautes d'orthographes sont corrigées au fur et à mesure des rencontres... Et toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite

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jeudi

La musique dans le couloir

 
 On avait préparé la scène,
les câbles,
les lumières,
les décibels,
les verres,
et même les bouchons
pour protéger les oreilles.

Tout était prêt.

Il ne manquait plus
que la musique.

Et quelqu’un,
dans l’ombre des prises,
avait oublié
de brancher la liberté.

Alors on a débranché Barbara.

Pas par décision.

Non.

Par « éléments contextuels ».

Un drôle de mot
qui ressemble à une porte fermée
sans serrure ni poignée.

Un mot propre,
repassé,
administratif,

qui permet de cacher
la main qui tourne la clé.

La liberté, désormais,
parle comme un formulaire.

« Circonstances particulières. »

« Configuration du lieu. »

« Conditions de sécurité. »

Des mots en costume
venus s’asseoir
au milieu des amplis.

On aurait presque oublié
qu’il ne s’agissait
que d’une scène.

Trois artistes devaient jouer.

Trois.

Et pourtant
une seule platine
semblait capable
de faire trembler les murs.

Pas une bombe.

Pas un incendie.

Une musique.

Alors les uns
ont brandi la victoire,

les autres
la capitulation,

et les claviers se sont mis
à crépiter dans la nuit.

X a grondé.

Les chaînes ont parlé.

Les communiqués
ont poussé comme des mauvaises herbes
sur les écrans.

Chacun venait sauver
la liberté de l’autre,

à condition, bien sûr,
qu’elle parle
avec son propre accent.

Et Barbara ?

Barbara attendait.

Elle n’avait pas de manifeste.

Pas de drapeau.

Pas de chaise réservée
au premier rang.

Elle voulait seulement
poser ses mains
sur une platine

et laisser la nuit
faire son travail.

Quel étrange pays

où l’on ferme une porte
au nom de la liberté,

puis où l’on vient, dehors,
chanter très fort
qu’on l’a défendue.

On éteint la musique
pour éviter le bruit.

Puis on allume les écrans
pour célébrer le silence.

La France aime les grands mots.

Elle les accroche aux murs
comme de vieux tableaux :

Liberté.

Égalité.

Fraternité.

Puis elle baisse la voix :

Silence, s’il vous plaît.

La sécurité veille.

La morale surveille.

Le boycott s’assoit.

La politique prend place
au premier rang.

Et la musique ?

Elle attend dans le couloir
avec son manteau.

On lui demande :

— Vous êtes avec qui ?

Elle hausse les épaules :

— Avec personne.

Alors on lui ferme la porte.

Car une musique
qui n’appartient à personne
est peut-être devenue
la plus suspecte de toutes.

Pendant ce temps,

les platines prennent la poussière.

Les câbles pendent
comme des racines mortes.

Les projecteurs éclairent
une scène vide.

Et quelque part,
dans un tiroir de la République,
on cherche encore
le bouton de la liberté.

Quelqu’un demande :

— Il est où ?

Personne ne répond.

La lumière clignote.

La salle se tait.

Et la musique,
dans le couloir,
attend toujours.

Mais surtout,

ne faites pas de bruit.

Il paraît
que la liberté
pourrait se réveiller.
 
 
... à Barbara Butch

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