la fuite a le goût de la terre.
Je résiste au lent effacement,
à cette usure qui ne fait pas de bruit.
Quelque chose rôde dans la maison,
une noirceur qui recoud les sens
et brouille la mémoire des visages.
Il est difficile de coexister avec cela.
Je préfère parfois disparaître un peu,
n’être qu’un contour parmi d’autres,
un passage sans poids
dans le regard des vivants.
Semblable à une matière oubliée,
je me conserve sous les strates,
à l’ombre lente des fouilles du monde,
loin du jour
et de ce qui insiste encore à exister.
Il y a pourtant cette persistance,
non pas une idée,
mais une tension continue
qui refuse de se dissoudre.
Les fleurs que j’aimais
ont perdu leur langage.
Elles ne racontent plus rien
sinon une couleur éteinte.
Elles avaient le goût des fruits ouverts,
des étés trop pleins,
de mille parfums capables de nommer le monde.
Je ne les reconnais plus.
Je ne le sens plus.
Je ne le suis plus.
Pourtant, dans cette absence sans cause,
un atome surgit de la chair,
un point minuscule,
un souffle qui ne sait pas mourir.
Une vibration légère
traverse le silence.
Je quitte l’immobilité
non pour revenir au monde,
mais pour cesser de lui résister.
À l’aube pluvieuse et rose,
les fleurs du palais oublié
se relèvent sans promesse.
Elles ne reviennent pas : elles insistent.
Une tige fend la poussière,
un parfum rouvre ce qui avait été fermé.
La renaissance n’est pas une idée,
mais une présence qui traverse,
à la fois fragile et insistante,
comme une lumière sans origine.
Et dans le tremblement du monde,
une note simple
se met à exister
sans me demander la permission.

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