une forme a appris à lire sans comprendre.
Elle suivait les lettres
comme on suit un chemin tracé dans la poussière,
avec la certitude qu'il ne mène nulle part.
Île sans drapeau.
Mais avec des empreintes
sur les objets du quotidien.
Je ne l'ai pas assez lue.
Ou bien je lisais à côté,
dans le silence autour des phrases.
Elle a cessé d'écrire.
(Ce n'est pas une décision,
plutôt une fatigue qui a fini par signer.)
Elle a cessé de chanter.
La voix est restée quelque part,
suspendue hors d'atteinte.
Corde de violoncelle :
tendue dans une pièce
où personne n'entre vraiment,
sauf les excuses,
qui ont appris à grincer.
Je ne l'ai pas assez écoutée.
Les repères se sont défaits
sans bruit.
Quelque chose dans le temps
a lâché prise,
comme une couture qu'on découvre ouverte
au moment de partir.
Sa peau n'a jamais cherché l'or.
Elle recueillait ce qui brûlait chez les autres
et le gardait
sans savoir que cela brûlait aussi en elle.
Puis il y a eu un jour sans événement.
Pas de bascule.
Juste un léger retard du monde
sur lui-même.
Et depuis,
tout continue,
mais pas au bon endroit.
Une machine douce tourne encore
dans une pièce vide
dont les murs ont changé de place
sans prévenir personne.

C’est un très beau texte
RépondreSupprimerBravo d’avoir réussi à le mettre en chanson de la sorte ! C’est très poétique ! Une vrai réussite
Moi aussi j’ai mis certains de mes poèmes en chanson donc je suis sensible à cet exercice…
Bien à toi,
LBC
Merci beaucoup LBC, ça me touche d’autant plus venant de quelqu’un qui pratique aussi cet exercice
SupprimerUn poème plein d'une langueur mélancolique, un poème d'eau qui nous entraîne...
RépondreSupprimerMerci du partage.
Merci à vous pour ce regard qui a traversé la page et rejoint le poème.
SupprimerDouce violence…
RépondreSupprimerBonjour,
Ce texte est d’une justesse presque brutale. Tu ne cherche pas l’effet, et c’est pour ça qu’il frappe et dit ce que beaucoup taisent : l’usure lente, la perte de repères, la voix qui s’éteint non par choix mais par fatigabilité.
La métaphore de la machine douce qui tourne encore dans une pièce vide est particulièrement forte : elle résume tout ce qui reste quand l’essentiel s’est déplacé ailleurs.
C’est une image magnifique et terrible à la fois.
Merci pour ces mots si sensibles et profonds. Je suis touché que cette image vous ait parlé ; elle est née précisément de ce sentiment de persistance silencieuse quand tout semble déjà s’être éloigné.
SupprimerCe poème fait quelque chose de rare : il nomme une douleur qui ne hurle pas, mais qui modifie tout l’intérieur.
RépondreSupprimerLa structure en miroir des aveux, « Je ne l’ai pas assez lue », puis « Je ne l’ai pas assez écoutée », posés à intervalle comme deux pierres discrètes, dit beaucoup de cette culpabilité tranquille, diffuse, sans grand drame apparent. Elle constate. Elle ne s’excuse pas. C’est une honnêteté qui fait mal proprement.
L’image de la corde de violoncelle tendue dans une pièce où personne n’entre vraiment m’a arrêtée longtemps. Elle dit à la fois la tension maintenue, l’attente, et ce grincement de ce qui s’use à n’être pas joué.
Mais c’est peut-être ce passage qui porte le cœur du texte :
« Elle recueillait ce qui brûlait chez les autres,
et le gardait,
sans savoir que cela brûlait aussi en elle. »
Il y a là quelque chose d’intimement connu : cette façon de recevoir l’intensité des autres, leurs silences, leurs manques, et d’en faire matière intérieure, jusqu’à ce que la limite apparaisse, silencieusement.
La fin ne résout rien, et c’est juste. Une machine douce qui tourne encore, des murs qui ont changé de place sans prévenir personne. Juste un décalage. C’est exactement la texture de certaines pertes.
Ce texte reste.
Merci.
Alma
Merci Alma. Votre lecture me touche beaucoup, notamment parce que vous avez perçu ce qui se cachait entre les lignes. Heureux que ce texte ait trouvé un écho chez vous.
SupprimerUn magnifique écrit lu par une voix que j'ai aimé comparé à celle de Serge Reggiani (une référence,) merveilleux accompagnant au piano.
RépondreSupprimerJ'ai adoré
ODE
Merci beaucoup pour vos mots et cette référence à Serge Reggiani qui me touche. J’écris toujours avec de la musique, et mettre mes textes en musique est un vrai bonheur de création ; qu’ils touchent une personne ou cent, l’essentiel est là.
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