La terre a été retournée.
Des pierres sont remontées,
avec leur vieille nuit
coincée dans les veines.
Sous les ongles,
un peu de monde
s’est mis à saigner.
Des graines ont été semées
sans savoir
ce qui s’enterrait.
Quelques jours plus tard,
une tige a soulevé la terre.
Un fil vert,
une fêlure dans le noir.
Aucun mot.
Les arbres savent
ce que les mots
font mourir.
Le vieil olivier
garde au creux de ses branches
des nids désertés.
La mousse gagne les pierres.
Le temps ne fait pas de bruit.
Les feuilles tombent.
Aucune ne se retourne.
Des allées étaient prévues,
des bordures,
une place pour chaque chose.
Mais une herbe folle
a traversé le gravier.
Puis une autre.
Le jardin déplaçait les limites
sans toucher aux clôtures.
Un coin fut laissé
à l’abandon.
La friche y dressa
ses antennes minuscules.
Des insectes reprirent
possession de l’air.
Un oiseau se posa
sur le manche de la bêche.
Rien ne bougea.
Pour une fois,
rien ne demandait
d’attendre.
Le soir,
les outils refroidissent
contre le mur.
Dans l’herbe,
une fleur blanche
retient entre ses pétales
un peu de jour.
L’Éden avait-il des grilles
ou quelqu’un avait-il fermé
la porte derrière lui ?
La clé n’a jamais été retrouvée.
Chaque jour,
la terre est remuée.
Parfois, une racine
vient avec la mauvaise herbe.
Le jardin ne corrige personne.
Il pousse.
Un matin, peut-être,
les racines quitteront
leur cachette.
Pour l’instant,
tout demeure là.
Une fleur tremble
au bord du regard.
Reste à savoir
si quelqu’un la regarde
ou si elle attend
que tout disparaisse
pour s’ouvrir.

Ton poème est profondément perrouxien. La matière devient mémoire et le vivant échappe à l'ordre humain...Le silence parle à la place des mots et la fin reste ouverte. Bravo !
RépondreSupprimerUn peu d'eau à cette fleur oubliée, qui ne demande rien que de pousser en Paix, dans un jardin piétiné... Un peu de douceur dans ce monde... brut !
RépondreSupprimerRetournez la terre sur peu de profondeur car la terre végétale ne subsiste qu'en surface.
RépondreSupprimerVous verrez vos légumes prospérer et la faune sauvage n'en point demeurer aphone.
Les chevreuils sont ne sont point petits fans...(témoignage de jardinier confirmé)