dans les pages,
là où le silence se fend.
De recueillir ses rêves
avant qu’ils ne s’égouttent
entre les lignes fragiles
et disparaissent en route.
Comme si c’était nécessaire,
comme si c’était nécessaire,
de perdre un peu la lumière
pour entendre ce qu’elle éclaire.
Comme si c’était nécessaire
de fermer un peu les yeux
pour voir dans le noir
ce qui tremble encore en nous.
De toucher un peu la terre
pour sentir sous la poussière
le chemin se relever
sous le poids de nos pas.
De respirer la vie
jusqu’à manquer d’air,
et sentir dans la bouche
le goût sec du désert.
Comme si c’était nécessaire,
comme si c’était nécessaire,
de vivre au bord du silence
pour entendre ce qui commence.
Comme si c’était nécessaire
de traverser toute la nuit
pour entendre ce que le jour
oublie en se levant.
Et si demain ne disait rien,
je garderais le bruit du chemin.
Et s’il ne restait presque rien,
une fente dans la page
laisserait entrer le matin.
Comme si c’était nécessaire,
de marcher dans le contre-jour,
de laisser battre quelque part
ce qui nous ressemble encore.
Comme si c’était nécessaire
de ne rien comprendre
et de laisser malgré tout
une porte ouverte au jour.
Comme si c’était nécessaire…
Comme si c’était nécessaire…
d’écrire
pour ne pas disparaître.

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