Qui suis-je ?

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La poésie est une suspension du temps, une clarté fugitive posée sur le monde. Un puits sans fond où puiser, sans mesure, la palette entière des émotions humaines. J’essaie, sans reprendre la recette des éloges, d’écrire de la poésie — ou du moins de m’en approcher, de frôler ce qui, pour moi, en porte le nom. Je me love dans cette matière à la fois sibylline et mouvante. Sibylline, parce qu’elle me parle dans une langue étrange, souvent indéchiffrable. Mouvante, parce qu’elle m’échappe, indomptable, refusant toute maîtrise. À la hauteur de mes moyens, j’essaie simplement d’être celui que je choisis d’être : le témoin de ce qui m’habite et de ce qui m’entoure. Je ne suis rien de plus qu’un être en besoin d’expression, offrant ce que la vie consent à me laisser croire, ressentir et partager.

Vous trouverez sur ce blog toutes mes humeurs poétiques, de la poésie plus ou moins libre selon l'état d'esprit du moment...

« Une poésie n’est-elle pas le seul endroit au monde où deux âmes étrangères peuvent se croiser intimement. »

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Les écrits et les illustrations numériques sont de ma plume. Certaines de mes illustrations utilisent des photos lors de mes montages graphiques dont j’ignore les auteurs ; je reste dans ce cas ouvert pour les indiquer. Il peut arriver aussi qu'un vers se glisse et qu'il ne m'appartienne pas, par pur hasard ou pas, je l'indique lorsque je pense qu'il en est nécessaire. En bas du blog, il y a les liens concernant ceux que j'aime suivre... Attention je ne tiens pas à jour tous les liens... Et souvenez vous que la poésie est une suspension qui éclaire le monde !

Toutes les fautes d'orthographes sont corrigées au fur et à mesure des rencontres... Et toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite

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mercredi

La mémoire des possibles

 
Entre l’aube et la braise,

un fil invisible tremble
au-dessus des vallées profondes
où s’éteignent parfois
des voix sans réponse.

La lumière n’est pas un phare :

elle entre par les fissures du monde,
glisse sur les pierres humides,
remonte dans la sève des arbres,
et révèle ce que l’on croyait perdu
sous la poussière des chemins.

L’obscurité ne recouvre pas :

elle travaille.

Elle veille dans la terre noire
où dorment les graines,
dans les maisons silencieuses après le départ des vivants,
elle garde au chaud les formes à venir,
comme une main refermée
sur une étincelle,
comme un silence
où mûrissent les possibles.

Les fleuves de l’esprit
traversent la mémoire,
longent des quais désertés,
heurtent des cités effacées ;
ils emportent les ponts
que l’on croyait éternels,
laissant derrière eux
des rives sans nom
où flottent encore des fragments de lumière.

Puis survient parfois

la déchirure :

un nom prononcé dans une pièce vide,
une chaise restée à sa place,
une absence que rien ne remplit.

Alors le monde
perd un degré de stabilité.

Les cartes de la raison
se froissent ;
le réel hésite
comme une flamme derrière une fenêtre
battue par le vent.

Plus loin s’ouvre la mer nocturne,

vaste archive sans frontière,
où dérivent des souvenirs incomplets,
des rêves inachevés,
et des constellations
encore privées de langage.

Parfois, l’esprit avance en plein soleil,
porté par une clarté neuve.

Parfois, il marche sous la pluie,
écoutant le rythme régulier des gouttes
sur les feuilles et les pierres,
guidé par le seul battement du doute.

Ni le jour ni la nuit ne règnent seuls :

l’un dessine les contours du monde visible,
l’autre veille sur ce qui demeure invisible et en gestation.

Et nous avançons ainsi,
funambules sur la mémoire du temps,
recueillant à chaque pas
une étincelle,
un vestige,
une promesse,
avant que tout ne rejoigne de nouveau l’horizon —

là où les commencements
et les fins
se confondent
dans une même lumière.

11 commentaires:

  1. Cigarillo al limonejuin 24, 2026

    Il me plait ce poème qui se plait à voyager entre lumière et obscurité, les deux éclairant les arpents de son soi, et t'offrent sur le monde, et ton monde intérieur, un regard singulier et profondément sincère.

    Malgré les déchirures, ta poésie reste vivante.

    Mes amitiés

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup pour vos mots et votre fidélité de lecture ; ils me touchent sincèrement.

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  2. Hubix-Jeeejuin 24, 2026

    C'est drôle, mais, souvent, lorsque je lis certains poèmes, un vers, ou deux, me font irrémédiablement penser à un film, sans doute est-ce une déformation de cinéphile, quoiqu'il en est, tu as parlé de la lumière et l'obscurité et, dans le film "Le corbeau", de H-G.Clouzot, de 1943, il y a une scène où Pierre Larquey explique à Pierre Fresnay où peut se situer la lumière et l'obscurité, des images gravées dans ma mémoire que ton poème a refait surgir...

    En tout cas, j'ai ressenti l'intelligence du propos, texte métaphysique (?), sur la mémoire (il y a d'ailleurs un excellent film sur le sujet, vu par un fantôme qui s'appelle:A Ghost Story), ce qui fait que les souvenirs résistent au temps, que ce qui reste continue à exister après le passage de chaque être...

    Merci pour la lecture...

    Hubix.

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    Réponses
    1. Merci beaucoup, Hubix, pour cette lecture et pour ces passerelles avec le cinéma, que je trouve très enrichissantes. J'aime l'idée qu'un poème puisse réveiller des images enfouies et dialoguer avec d'autres formes d'art. Au plaisir de vous lire, amitiés.

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  3. Galatea belgajuin 24, 2026

    Et nous avançons ainsi,
    funambules sur la mémoire du temps,
    recueillant à chaque pas
    une étincelle,
    un vestige,
    une promesse,
    avant que tout ne rejoigne de nouveau l’horizon —

    là où les commencements
    et les fins
    se confondent
    dans une même lumière.


    Je me retrouve dans ce final d'instabilité où tout s'assimile, fusionne...

    Merci!
    gala

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    Réponses
    1. Merci beaucoup, Gala. Je suis heureux que cette fin ait trouvé un écho en vous et que cette lumière où tout se rejoint vous ait parlé.

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  4. Ce poème montre que la vie est un équilibre entre la lumière et l’obscurité, l’espoir et la perte. Il évoque le travail de la mémoire, le deuil et la transformation intérieure. À travers les épreuves et les souvenirs, l’être humain avance, guidé à la fois par la clarté et le doute. Le texte souligne que chaque expérience contribue à notre évolution. Enfin, il rappelle que les commencements et les fins font partie d’un même cycle.

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  5. Robert-Henri Djuin 29, 2026

    Hello, poète !

    Non ! les voix d'Aèdes, ne se perdent muettes ! Au contraire, tout comme ton texte elles existent et subsistent comme une matière vivante !

    Tu ne décris pas seulement l’alternance du jour et de la nuit, mais la façon dont les phénomènes se travaillent mutuellement, comme si chaque élément du monde portait en lui un mouvement de gestation. J’y sens une écriture qui ne cherche pas l’effet, mais la révélation lente, presque organique.

    La lumière et l’obscurité ne sont pas des réalités opposées : elles sont deux régimes d’attention. L'une dévoile ce qui persiste malgré l’usure ; l’autre incube... elle garde, elle prépare. Cette idée d’une obscurité active, non menaçante, rejoint une intuition que je poursuis souvent : ce qui semble se retirer n’est pas forcément perdu, mais destiné à changer de forme.

    Les passages sur les souvenirs, les ponts, les quais, les façades, les vers contemporains qui les rapportent... tous m’ont frappé par leur manière de faire sentir la fragilité des lieux, leur capacité à se dissoudre sans disparaître. Le poème ne pleure pas la perte : il observe comment les traces se recomposent, comment les éclats de verre continuent de briller dans un paysage transformé.

    La « déchirure » est un pivot très fort : elle n’est pas un drame, mais un point de bascule où le réel vacille. Ce vacillement, cette instabilité, est traité avec une délicatesse qui me parle beaucoup : rien n’est catastrophique, mais tout devient soudain plus vrai, plus nu.

    Enfin, la mer nocturne, les lettres effacées, les constellations sans langage ; ce sont des images qui ouvrent un espace dans lequel l’inachevé n’est pas un manque, mais une réserve de possibles. Le poème semble dire que nous avançons dans un monde où chaque pas recueille quelque chose. Qui une étincelle, un vestige, une promesse... avant que tout ne retourne à l’horizon commun des commencements et des fins tant humaines que matérielles... voire, immatérielles.

    Ce qui me touche ici, c’est la manière dont le texte fait sentir que la mémoire n’est pas un dépôt, mais une traversée de l'âme. Et que l’existence se joue dans cet équilibre fragile entre ce qui tremble, ce qui veille, et ce qui recommence d'icelle

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    Réponses
    1. Merci beaucoup pour votre lecture attentive et pour le temps que vous avez consacré à ce commentaire.

      Votre interprétation m'a beaucoup intéressé...
      et je suis heureux que le poème ait trouvé un tel écho chez vous.

      Supprimer
  6. Chacune de mes lectures de vos textes me laisse cette impression rare d’entrer dans un espace plus vaste que le poème lui-même.

    Dans « La mémoire des possibles », j’ai été saisie par cette manière de faire dialoguer la perte et ce qui continue pourtant de travailler en silence. Le texte ne regarde pas seulement vers ce qui s’efface ; il cherche aussi ce qui demeure sous les ruines, ce qui attend encore une forme, un nom, une lumière.

    Cette idée me semble centrale :

    « L’obscurité ne recouvre pas :
    elle travaille. »

    Elle ouvre tout le poème. L’ombre n’est pas ici un simple effacement. Elle devient une force souterraine, un lieu de transformation lente, presque une matière vivante qui conserve ce que le plein jour ne sait pas toujours reconnaître.

    J’aime beaucoup la façon dont les images donnent chair à cette traversée : les vieux ponts, les quais, les anneaux d’amarrage, les passerelles de bois arrachées, la chaise restée à sa place. Ces détails empêchent le texte de rester dans l’abstraction. Ils font de la mémoire un paysage blessé, mais encore traversable.

    La déchirure n’est jamais niée :

    « un nom prononcé dans une pièce vide,
    une chaise restée à sa place,
    une absence que rien ne remplit. »

    Ce passage touche juste parce qu’il ne force rien. Il laisse l’absence dans sa nudité, sans chercher à la consoler trop vite.

    Et pourtant, le texte ne s’arrête pas là. Il avance vers autre chose : non pas une réparation facile, mais une manière de continuer à marcher avec ce qui manque. Cette fin, avec les funambules recueillant une étincelle, un vestige, une promesse, donne au poème une lumière très particulière : fragile, mais tenace.

    Ce que je trouve beau dans votre texte, c’est cette tension entre l’effacement et la persistance, entre la déchirure et les commencements possibles. Rien n’est simplifié. La perte reste perte, mais elle n’a pas le dernier mot.

    Merci pour cette lecture.

    Amicalement,
    Alma

    RépondreSupprimer
    Réponses

    1. Bonjour Alma,

      Un grand merci pour cette lecture si attentive et pour vos mots. Je suis très touché que vous ayez perçu cette tension entre l'effacement et ce qui continue de naître en silence ; c'est en effet le souffle qui a guidé l'écriture de ce poème. Votre regard prolonge le texte avec une grande justesse. Merci encore pour ce précieux partage.

      Amicalement

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